Le coude-à-coude de fin de campagne

On peut bien accorder la crédibilité que l’on veut aux sondages sur les intentions de vote, mais ceux des derniers jours confirment l’impression qui se dégage depuis le débat de la semaine dernière: rien n’est encore joué. À moins de deux semaines du scrutin, libéraux et caquistes sont au coude-à-coude à l’échelle provinciale. Une telle glissade de la CAQ pourrait signifier aussi que le sort de la Mauricie n’est pas encore scellé.

Les coups de sonde quotidiens de Mainstreet, réalisés pour le compte du Groupe Capitales Médias, démontrent maintenant que le Parti libéral est légèrement en avance sur la CAQ auprès des électeurs décidés et enclins. Avec 30,2 % des intentions de vote, le parti de Philippe Couillard voit ses appuis concentrés sur l’île de Montréal, ce qui pour l’instant ne permet pas de le voir former le prochain gouvernement. La CAQ suit avec 27,1 %, une dégringolade de près de huit points en trois semaines. Le Parti québécois monte à 22,2 % et Québec solidaire n’en finit plus de voir ses appuis croître. Ils s’établissent maintenant à 17,1 %.

Ça, c’est selon Mainstreet.

Mardi, la publication des résultats d’un sondage Léger avec une large portée – on parle d’un échantillon de 3000 répondants – vient confirmer cette tendance et annonce elle aussi qu’on est maintenant dans une toute nouvelle campagne électorale.

Selon Léger, les appuis pour la CAQ sont maintenant à 31 %, tout juste devant les libéraux, à 30 %. Le PQ demeure stable à 21 %, tandis que Québec solidaire obtient 14 % des intentions de vote.

Chez les électeurs francophones, l’avance de la CAQ demeure plus confortable, à 36 % selon Léger, contre 26 % pour le PQ, 18 % pour le PLQ et 17 % pour QS. Mainstreet démontre pour sa part que les quatre partis représentés à l’Assemblée nationale obtiennent des scores variant entre 19 % et 30 %. La CAQ obtient 27,1 %, le PQ 25,6 %, le PLQ 22,6 % et QS 19,1 %.

Curieusement, la dégringolade de la CAQ depuis le débat et les bourdes de François Legault en matière d’immigration ne profite pas tant au Parti québécois mais à Québec solidaire. Cela témoigne assurément de la fragilité du vote caquiste. Et pourtant, Jean-François Lisée mène une bonne campagne et il a été donné gagnant du débat par plusieurs analystes et par plusieurs électeurs interrogés.

La Coalition avenir Québec est donc toujours, pour l’instant, un gouvernement en devenir. Mais avec de moins en moins de sièges, selon les sites de projection. On serait maintenant en territoire minoritaire. Et avec un Parti québécois au-dessus de la barre des 20 %, les gains de sièges sont plus faciles et pourraient coûter cher à la CAQ.

Dans la région, alors que l’on croyait en début de campagne que le balayage caquiste était probable, il semble maintenant possible que certaines luttes nous fassent veiller tard le 1er octobre prochain.

Dans Trois-Rivières, par exemple, la projection du vote populaire donne la CAQ gagnante à 34,6 %, mais les libéraux sont maintenant à 30,4 %. Les probabilités que Jean Boulet remporte l’élection sont passées de 90 % à 77 % en deux semaines. Avec Laviolette–Saint-Maurice, c’est la lutte la plus serrée de la région sur le plan mathématique. Sur le terrain, il sera intéressant de voir aussi le choix que feront les électeurs de Maskinongé. Le site Québec125, spécialisé dans les projections modélisées faites à partir de l’amalgamation de sondages et de données électorales, donne la CAQ gagnante avec 38,6 %, contre 30,8 % pour les libéraux. Mais Maskinongé, c’est exactement le genre de circonscription où le candidat peut faire une différence.

Si la tendance nationale évolue encore – ce qui risque d’être le cas compte tenu de la tenue, jeudi, des débats de type face-à-face entre les chefs de parti –, l’aiguille de la Mauricie pourrait encore bouger. Et la délégation de députés de la région pourrait, au final, ne pas être monochrome politiquement.