Le premier ministre du Québec, François Legault, a ajouté l'environnement aux grands enjeux de l'État québécois, qui sont l'éducation, la santé et l'économie.

Le chaud et le froid de Legault

ÉDITORIAL / François Legault souffle le chaud et le froid sur la question des changements climatiques. Nous verrons à l’usure de quel bois il se chauffe.

Il a entrouvert la porte à l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti et dans le Grand Nord. Il hésite à aller à la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques, la COP 24, début décembre, en Pologne. Il s’est prononcé pour la construction d’un troisième lien entre Québec et Lévis. Et pour le parachèvement de l’autoroute 50 en Outaouais. Chacune de ces positions le place nettement en porte-à-faux avec le mouvement environnementaliste. 

Par contre, hier, il a reconnu que l’environnement, « on n’en a pas assez parlé ».

Après l’assermentation de son cabinet, la veille, il avait reconnu qu’« on doit en faire plus pour lutter contre le réchauffement climatique. On a bien reçu le message de la population. » 

Aussitôt après, il avait ajouté l’environnement aux grandes priorités de l’État québécois que sont l’éducation, la santé et l’économie.

La nouvelle ministre de l’Environnement, Marie-Chantal Chassé, est allée dans le même sens. « Il est ferme qu’on va atteindre les cibles dès 2020 de réduction de 20 % des gaz à effet de serre et dès 2030, de 37,5 %, » a-t-elle lancé d’un ton qui ne laissait place à aucun doute.

Alors, à quel François Legault les Québécois auront-ils droit ? Le « géant vert » ou une incarnation à la québécoise de Doug Ford ?

M. Ford, le premier ministre de l’Ontario, s’amuse à piétiner l’héritage de sa prédécesseure Kathleen Wynne sur le plan de l’environnement. Sa toute première initiative dès qu’il a été élu a été de mettre fin à la taxe sur le carbone. Il a suivi ça par la fin aux aides à l’achat de véhicules « verts », la fin au Fonds vert pour l’achat de thermostats intelligents et autres pour réduire la consommation d’énergie, la fin à plus de 700 projets d’énergie solaire, éolienne et d’hydroélectricité. Et ce n’est que le début. 

Ce n’est pas la même chose au Québec. Les susceptibilités environnementales y sont beaucoup plus aiguisées qu’en Ontario, même si le Québec s’avère encore un mauvais joueur au plan vert. Les Québécois se fient encore trop sur leur brillant bilan hydro-électrique, qui les place au-devant des autres provinces du Canada. Mais ils sont encore beaucoup trop pollueurs, et s’attendent à plus de leurs gouvernements.

Cela dit, comment rallier la position pro-environnement de François Legault, depuis son élection, et ses engagements concernant l’exploitation des ressources pétrolifères à Anticosti, la construction d’un troisième lien et l’autoroute 50 ? Sur le troisième lien, tout reste à faire. Cela n’a pas besoin d’être l’équivalent d’une autoroute au-dessus du fleuve Saint-Laurent. Un projet qui marie transport routier, transport collectif et transport léger serait beaucoup plus acceptable d’un point de vue environnemental. Le parachèvement de l’autoroute 50 pourrait être vendu comme un lien entre l’Outaouais et Montréal pour éviter que les automobilistes fréquentent l’autoroute 417 en Ontario : un rapatriement des clientèles, quoi. 

Quant à l’exploitation pétrolière d’Anticosti, cela demeure un nœud gordien pour le gouvernement. Pauline Marois et ses péquistes étaient pour, les libéraux de Philippe Couillard, contre. Ces derniers ont dépensé 92 millions $ pour fermer la porte à Anticosti, en 2017. Et M. Legault la rouvrirait un an plus tard ? Il faudra arrêter de jouer au yo-yo. De toute façon, François Legault accepte le principe de l’acceptabilité sociale, ce qu’il n’y a pas à propos d’Anticosti. Ailleurs, comme le Grand Nord ? Cela reste à voir.