Le casse-tête du cannabis

ÉDITORIAL / Les villes et municipalités québécoises vont se retrouver, dans le temps de le dire, avec une belle patate chaude. Une fois que l’Assemblée nationale aura adopté le projet de loi 157 sur l’encadrement du cannabis, elles devront adapter leur réglementation pour définir les règles concernant la consommation dans les endroits publics, notamment.

À Trois-Rivières, le conseil municipal a franchi certaines étapes, cette semaine, concernant les endroits où pourrait s’installer la future succursale de la Société québécoise du cannabis. On se limite aux grands axes commerciaux, où la circulation est dense et où il y a déjà une concentration de commerces.

Mais d’ici quelques mois, la Ville devra aussi faire son nid quant aux lieux où il sera permis ou interdit de fumer du cannabis. Le maire Yves Lévesque a indiqué que jusqu’à maintenant, tout semble indiquer que Trois-Rivières adoptera la réglementation se rapprochera de celle en vigueur pour l’usage du tabac. En clair, il sera possible de fumer du cannabis là où il est déjà permis de fumer la cigarette.

Le maire a reconnu que «c’est très difficile à contrôler et à réglementer» mais il a ajouté, plus tôt cette semaine, que ce serait l’avenue la plus plausible.

Déjà, le projet de loi 157 prévoit qu’il sera interdit de consommer du cannabis dans plusieurs lieux publics comme les abribus, les terrains des établissements d’enseignement postsecondaire, les terrasses, les aires extérieures de jeu destinées aux enfants et qui accueillent le public, y compris les aires de jeux d’eau, les pataugeoires et les planchodromes, les terrains sportifs et les terrains de jeux, y compris les aires réservées aux spectateurs, qui sont fréquentés par des mineurs et qui accueillent le public, les terrains des camps de jour et des camps de vacances de même que les patinoires et les piscines extérieures.

Déjà, on le voit, il y a une partie du travail municipal qui est fait par le provincial. Les parcs, terrains de jeux, piscines publiques, notamment, sont du ressort des villes.

En plus de tenir compte de ces règles, la Ville de Trois-Rivières devra déterminer celles pour la consommation sur la voie publique, les trottoirs, les parcs sans terrains de jeux.

Certaines villes, comme Hampstead sur l’île de Montréal, ont déjà fait leur nid en choisissant de serrer la vis. Plus question, dans cette petite ville cossue qui ressemble davantage à un quartier, de consommer du tabac – ou du cannabis, évidemment – dans tous les lieux publics, incluant les parcs et les trottoirs.

L’Union des municipalités et la Fédération québécoise des municipalités se penchent déjà sur cet encadrement et devraient proposer des règlements à leurs membres.

À ce propos, le président de l’UMQ et maire de Drummondville, Alexandre Cusson, formulait récemment le souhait que les municipalités aient le temps de faire le travail convenablement tout en laissant la possibilité aux citoyens de se prononcer sur ces enjeux.

Voilà une avenue qui serait intéressante pour des villes comme Trois-Rivières ou Shawinigan: laisser la parole aux citoyens. Entendre ce qu’ont à dire ou à suggérer les utilisateurs des espaces publics, les voisins, les associations sportives, les directions d’école, les commerçants.

Un sujet aussi sensible et aussi lourd de conséquences mérite certainement qu’on s’ouvre à l’opinion de la population, exactement comme on le fait lorsqu’on révise un plan d’urbanisme. Une consultation citoyenne, bien planifiée et bien menée, permettrait certainement d’éviter l’impression selon laquelle la réglementation municipale émane d’une seule pensée ou de la seule volonté des élus.

Shawinigan a déjà une bonne feuille de route en matière d’assemblées d’information ou de consultation. Trois-Rivières pourrait s’en inspirer.