Martin Francoeur
Cette entrée de la ville, qui offrait jadis une imposante vitrine sur la gloire industrielle de Shawinigan, est devenue un passage dangereux, marqué par ce qu’on appelle avec raison le «mur de la honte».
Cette entrée de la ville, qui offrait jadis une imposante vitrine sur la gloire industrielle de Shawinigan, est devenue un passage dangereux, marqué par ce qu’on appelle avec raison le «mur de la honte».

Le bon sens frappe un mur

ÉDITORIAL / À l’heure où le gouvernement de François Legault fait des pieds et des mains pour faire adopter un projet de loi visant à accélérer certains travaux d’infrastructures pour relancer l’économie, le projet de démolition du mur de l’ancienne usine Belgo, le long de la route 153 à Shawinigan, s’embourbe dans des études et des analyses à n’en plus finir. C’en est devenu aussi risible que désespérant.

On peut comprendre l’exaspération du maire Michel Angers et la crainte légitime de tous les automobilistes qui doivent emprunter ce tronçon de la route 153. Cette entrée de la ville, qui offrait jadis une imposante vitrine sur la gloire industrielle de Shawinigan, est devenue un passage dangereux, marqué par ce qu’on appelle avec raison le «mur de la honte».

Le ministère des Transports du Québec nous apprenait récemment qu’une firme de services professionnels allait être mandatée «afin de déterminer les meilleures interventions pour sécuriser la route 153, à la hauteur de l’ancienne usine Belgo». Alors que tout le monde réclame la démolition depuis plusieurs années déjà, le MTQ n’a rien trouvé de plus intelligent à faire que de commander une étude concernant la sécurisation de cette portion de route.

On veut bien comprendre que la configuration de la route à cet endroit est complexe. Que le mur lui-même ajoute des difficultés à une éventuelle démolition parce que ses fondations se confondent sans doute avec l’assise de la route. Que la proximité de la rivière Shawinigan rend les opérations complexes. On veut bien comprendre tout ça. Mais personne au ministère des Transports ne semble réaliser qu’il y a urgence.

Ce n’est plus une question de caprice esthétique ou touristique, comme ça l’a déjà été. Au début des années 2000, alors que les machines à papier de la Belgo fonctionnaient encore, on cherchait des moyens d’améliorer cette entrée de la ville. Le député du temps, Claude Pinard, parlait de ce tronçon de la 153 comme étant un «chemin de colonisation» tellement la route était endommagée et pas du tout agréable à emprunter.

Les élus locaux et le MTQ avaient analysé toutes les options, y compris la déviation de la route et même la construction d’un pont pour qu’elle rejoigne directement le secteur aujourd’hui occupé par Espace Shawinigan, évitant ainsi de longer le mur de la Belgo. Déjà, en 2002, le Plan de transport de la région de la Mauricie mentionnait que la route 153 dans le secteur de Baie-de-Shawinigan comportait des «déficiences de géométrie» et ne répondait plus aux normes de sécurité reconnues par le ministère des Transports.

Qu’est-ce qui a donc tant changé en vingt ans pour qu’on oublie tout ça? La fermeture de la Belgo? Au contraire, la présence d’un mur qui s’effrite la rend certainement encore moins conforme aux normes de sécurité. Et pourtant, en 2002, on semblait encore plus disposé qu’aujourd’hui à refaire cette route, en y consacrant plusieurs millions de dollars.

Aujourd’hui, la direction régionale du MTQ cherche plutôt à avoir une idée des «interventions nécessaires à court et à moyen terme dans ce secteur». Il est bon de rappeler, puisque ça ne semble émouvoir personne au ministère, qu’au moins trois véhicules ont reçu des débris en circulant sur le boulevard Pie-XII et ce, au cours de la dernière année seulement. Il y a bien eu quelques travaux de sécurisation en décembre et en mai derniers, mais pas de geste significatif pour éliminer ce mur dangereux.

Le ministère des Transports et celui de l’Environnement auraient intérêt à se parler davantage pour régler ce dossier rapidement. On semble incapable, actuellement, d’établir un échéancier sérieux pour la démolition. Au printemps dernier, le MTQ disait être en train d’analyser les conclusions et les recommandations d’un rapport préliminaire produit à la suite d’un premier incident survenu à l’automne 2019. Comment se fait-il qu’on en soit encore à lire des rapports et à commander des études?

C’est un mystère qui n’est pas seulement inexplicable. Il est surtout inacceptable.