L’aveuglement n’a plus sa place

ÉDITORIAL/ On pourrait ouvrir les paris et tenter de deviner après combien de démissions le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation interviendra de façon significative auprès de la municipalité de Saint-Élie-de-Caxton. On apprenait ces derniers jours qu’un troisième conseiller municipal quitte ses fonctions, huit mois seulement après avoir été élu lors d’une élection complémentaire qui visait elle-même à remplacer un conseiller démissionnaire. Vraisemblablement, quelque chose ne tourne pas rond au royaume des lutins.

Le grand problème qui semble se poser à Saint-Élie, c’est que ce n’est pas la gestion financière de la Municipalité qui pose problème ou qui présente des irrégularités. C’est plutôt un problème lié au style de gestion, à la personnalité du maire et aux vieilles rancunes de village. On peut comprendre que ce ne sont pas des poignées solides pour justifier une intervention de la ministre.

Mais il faut être aveugle pour ne pas constater que le malaise est profond et que la récurrence des situations problématiques sur le plan de la gestion des ressources humaines devrait faire clignoter quelques voyants rouges sur le tableau de bord des Affaires municipales. Si la prudence qui s’impose normalement au nom du respect des élus dûment en poste à la suite d’une élection conforme était de mise au départ, il faut maintenant aller un peu plus loin.

Les signes de dysfonctionnement apparaissent à un rythme soutenu dans la petite municipalité de 1800 habitants. Le plus retentissant demeure ce malaise exprimé par le conteur Fred Pellerin en coupant ses liens avec l’administration municipale en place. Mais le signe le plus récent est ce départ précipité du conseiller Roger Sylvestre, élu sans opposition en mars dernier. Il avait succédé à François Beaudry, qui avait lui-même démissionné il y a un an en invoquant son état de santé mais aussi une «situation chaotique» en gestion des ressources humaines à la Municipalité.

On peut comprendre que la collision des visions politiques et des priorités municipales a pu être un facteur dans le départ du conseiller Beaudry et de son collègue Jacques Defoy, deux adversaires politiques de l’actuel maire Robert Gauthier. Mais ça va plus loin que ça.

Des employés municipaux ont aussi quitté leurs fonctions ou ont dû s’absenter en congé de maladie pour des périodes prolongées. Depuis novembre 2017, ce sont cinq employés municipaux qui ont quitté leurs fonctions. Dans une municipalité qui compte une douzaine d’employés municipaux, cinq départs c’est énorme. Peu importe les raisons invoquées, on voit bien qu’il y a un malaise.

Il y a une dizaine de jours, une pétition réclamant la fin du mandat du maire Gauthier a été déposée à l’Assemblée nationale par la députée Isabelle Melançon, marraine de la Mauricie au sein de l’opposition libérale à Québec. C’est loin d’être une procédure fréquente et ça aussi, ça devrait déclencher quelques sonnettes d’alarme au ministère.

Le député de Maskinongé, Simon Allaire, semble heureusement démontrer une préoccupation plus sérieuse envers la situation qui plombe le climat paisible à Saint-Élie. Lui et sa collègue ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, disent suivre la situation de près. Déjà, la direction régionale de ce ministère a accompagné la Municipalité à deux reprises au cours de cette année. La Commission municipale du Québec a pour sa part déterminé que l’administration suivait les règles en place.

Récemment, le Commissaire à l’intégrité municipale et aux enquêtes a reçu le mandat de la ministre de s’intéresser à l’administration municipale de Saint-Élie-de-Caxton. Le hic, c’est qu’il n’y a probablement aucun acte répréhensible qui a été commis. Il faut plutôt regarder du côté des relations entre les élus, entre les autorités et les employés, de même qu’entre les élus et les citoyens. Et pour ça, il n’y a pas de code, de loi ou de règlement qui s’applique.

Un bon examen de conscience s’impose pour les élus en place et pour le maire Gauthier plus particulièrement. L’entêtement et l’aveuglement n’ont plus leur place.