Laurence Vincent Lapointe

Laurence et la tempête

ÉDITORIAL / Le ciel s’est abattu en quelques endroits lundi. Mais sur la tête de Laurence Vincent-Lapointe, il l’a certainement fait avec éclat. Peu importe la décision finale que rendra éventuellement la Fédération internationale de canoë à la suite de son échec à un test antidopage, la réputation de la canoéiste est entachée et c’est ce qui est le plus triste dans cette histoire.

La championne du monde détentrice de treize titres a été suspendue jusqu’à nouvel ordre par la Fédération internationale de canoë après que des traces de Ligandrol, une substance prohibée selon l’Agence mondiale antidopage, aient été décelées dans des échantillons de son urine lors d’un entraînement en juillet.

Jusqu’à cette suspension, la carrière de la Trifluvienne n’était jalonnée que de succès retentissants. Son intégrité n’avait jamais été remise en question. Elle a toujours démontré beaucoup de respect pour son sport et a certainement contribué à en améliorer la visibilité et la notoriété. Elle a toujours pratiqué le canoë avec l’objectif de voir cette discipline obtenir la plus haute marque de reconnaissance à l’échelle internationale.

À n’en pas douter, l’ajout des disciplines de canoë féminin aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020 constituait l’aboutissement de plusieurs années d’efforts par les athlètes et par leur fédération.

Laurence Vincent-Lapointe représente d’ailleurs un des plus grands espoirs de médailles pour le Canada pour les Jeux de Tokyo. Rarement a-t-on vu des athlètes dominer sa discipline comme elle l’a fait jusqu’à maintenant. Depuis 2010, elle a remporté treize médailles d’or aux championnats du monde, dont sept individuelles. Elle a décroché l’or aux Jeux panaméricains en 2015. À toutes fins utiles, il ne manque à son tableau que l’or olympique.

Au lieu de se concentrer sur ses entraînements et sur ses compétitions à venir, la fierté de Trois-Rivières devra maintenant s’appliquer à démontrer qu’elle est innocente. Et ce ne sera pas une mince tâche. La canoéiste prétend – et on n’a aucune raison de ne pas la croire – que la présence de la substance illicite découlerait d’une utilisation involontaire, peut-être attribuable à la consommation de suppléments contaminés.

Le fardeau de la preuve, dans un tel cas, est extrêmement lourd. Audi alteram partem, dit une règle de droit bien connue. Entendre l’autre partie. Le principe est noble, mais démontrer hors de tout doute que l’absorption était accidentelle est un combat dont elle se serait certainement bien passée. Heureusement, l’athlète aura tout le soutien nécessaire de sa fédération, Canoë-kayak Canada, pour la suite des choses.

Ce qui est le plus tragique, c’est que pour l’instant, elle ne pourra pas prendre part aux Championnats du monde qui s’ouvrent ce mercredi en Hongrie. Cette compétition devait servir de qualifications pour certaines épreuves en prévision des Jeux olympiques de Tokyo.

On peut comprendre le cauchemar que vit présentement Laurence Vincent-Lapointe. Le tourbillon dans lequel elle se retrouve surprend à peu près tout le monde qui la connaît. L’athlète dit elle-même être répugnée par la tricherie sous toutes ses formes. Jamais, dans toutes ses années de compétition, elle n’avait échoué à des tests antidopage. Elle réaffirmait lundi qu’elle croit en un sport propre et que c’est un principe qu’elle applique dans sa vie d’athlète.

Et quelle que soit la conclusion à laquelle on arrivera, s’il devait être démontré qu’elle a raison et que la contamination était accidentelle, le mal est fait. Sa réputation aura été tristement entachée par cet épisode. Trop de gens retiendront davantage la nouvelle de l’échec d’un test antidopage plutôt que la façon spectaculaire dont Laurence Vincent-Lapointe survole sa discipline depuis plusieurs années.

Juste ça, c’est assez pour être effondrée.