Martin Francoeur

L’armée à la rescousse?

ÉDITORIAL / Il fallait s’y attendre. La situation inacceptable qui survient présentement dans les CHSLD de la province entraîne une soudaine recherche de ressources pour combler les besoins en personnel. Un appel a été lancé aux omnipraticiens, aux médecins spécialistes, aux enseignants spécialisés en sciences infirmières, aux retraités du secteur de la santé. On envisage même de permettre à certains proches aidants d’aller prendre soin de leur être cher. Et si on se tournait vers l’armée?

L’idée commence à faire son chemin, même si François Legault a indiqué que ce n’était pas un scénario envisagé «pour le moment». Pourtant, la situation est à ce point sérieuse qu’on devrait considérer cette possibilité.

La situation en CHSLD prend des proportions dramatiques en raison du manque de personnel soignant. Présentement, ce sont plus de 1250 employés qui travaillent normalement dans les CHSLD qui sont absents. Soit parce qu’ils sont eux-mêmes infestés, soit parce qu’ils sont à bout de souffle, soit parce qu’ils n’ont tout simplement pas envie d’aller choper la COVID-19 et la ramener dans leur foyer.

Un tel déficit de ressources humaines révèle que la situation était déjà problématique dans les CHSLD avant la crise actuelle. On ne réglera certainement pas ce problème du jour au lendemain, mais parce qu’il y a des besoins urgents pour éviter que les morts se multiplient, il y a lieu d’envisager toutes les solutions possibles, y compris celle normalement considérée comme dernier recours. Faire appel à l’armée canadienne pour pallier la pénurie de main-d’œuvre et de matériel de protection dans les milieux d’hébergement pour aînés constitue certainement une façon de juguler la crise. Certains pays le font déjà, avec des résultats positifs.

En Belgique, du personnel médical de l’armée est présent dans certaines maisons de repos, l’équivalent de nos CHSLD, depuis la semaine dernière. Dans l’une d’elles, on retrouve des infirmiers militaires et des brancardiers qui sont là pour prêter main-forte au personnel débordé. Un personnel qui, comme ici, est en première ligne auprès d’une population à risque et qui, comme ici, est frappé par l’absentéisme lié à la maladie.

Les militaires belges fournissent une aide médicale qui consiste à effectuer différentes tâches normalement dévolues au personnel infirmier. Leur rôle est aussi logistique, puisqu’ils ont aussi pour mission d’accompagner des résidents, de les nourrir, de leur apporter des soins d’hygiène.

À Jette, une des communes de la région de Bruxelles-Capitale, une résidence où les militaires ont été envoyés en renfort ne comptait plus que dix employés sur cinquante pour prendre soin de 81 résidents. L’aide des soldats d’un bataillon médical a été la bienvenue, même si on a choisi de leur fournir des blouses pour ne pas que leurs uniformes aient un effet perturbateur chez les résidents. La directrice de l’établissement a voulu adresser «un grand merci» à l’armée. «Ils sont professionnels, positifs, ils nous redonnent le sourire en cette période très difficile. Ça fait beaucoup de bien. Car nous étions au bout du rouleau, désemparés. Si je n’avais pas crié et lancé des appels à l’aide, la situation n’aurait pas bougé. L’intervention aujourd’hui des militaires va faire bouger les choses.»

Il est difficile de croire qu’une telle intervention n’aurait pas le même effet chez nous, du moins dans certains CHSLD au cœur de la tempête.

Bien sûr l’aide de l’armée devrait rester une mesure ponctuelle, en attendant de rendre plus attractives certaines professions comme celle de préposé aux bénéficiaires et de compenser adéquatement les travailleurs sur le plan salarial.

Les Forces armées canadiennes se sont dites prêtes à intervenir en cas d’urgence ou de besoin, à la demande du gouvernement fédéral. C’est vrai pour les incendies, les inondations et les catastrophes naturelles, mais aussi pour l’aide humanitaire.

«On a besoin de bras», disait mardi le premier ministre Legault. Il y en a qui n’attendent qu’un appel. On est rendu là.