L'ex-maire de Montréal, Denis Coderre.

L’année du «dégagisme»

L’année qui se termine aura certainement été marquée par un phénomène relativement nouveau, celui du «dégagisme» politique. Conséquence probable du cynisme envers les politiciens dits «de carrière», il a d’abord frappé en France, lors des élections présidentielles puis surtout lors des législatives. Au Québec, c’est dans le monde municipal que le terme s’est infiltré, notamment en raison de la défaite de candidats pourtant bien en selle.

Dans son sens le plus strict, le «dégagisme» est un terme utilisé depuis le Printemps arabe de 2011 pour illustrer la volonté d’évincer du pouvoir les personnes qui le détiennent, sans nécessairement avoir une volonté de le reprendre. En Europe, le «dégagisme» équivaudrait à dire à celui qui détient le pouvoir ou qui occupe une fonction représentative de partir, sans toutefois dire qu’il y a mieux ou sans vouloir être à sa place. Cette volonté de «dégager» est alors associée à un risque du vide, pleinement assumé.

Chez nous, toutefois, on s’éloigne un peu de cette notion du «vide». Le «dégagisme» décrit simplement le ras-le-bol de la population face aux élites politiques en place, qui se traduit par des votes d’opposition.

C’est exactement ce qui est arrivé à Denis Coderre à Montréal, avec l’élection-surprise de Valérie Plante. C’est aussi ce qu’a subi le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny. Plus près de nous, des conseillers municipaux de longue date se sont ainsi fait montrer la porte, aussi bien à Shawinigan qu’à Trois-Rivières. Le maire de Saint-Tite, André Léveillé, a peut-être lui aussi été victime de ce vent de renouveau.

À Trois-Rivières, le maire Yves Lévesque a été personnellement épargné par le phénomène mais la population a envoyé un message en modifiant considérablement la composition du conseil municipal. 

Comme ce fut le cas dans d’autres villes et municipalités du Québec, plusieurs jeunes ont accédé à des postes de conseillers et de maires. La percée est timide, mais bien réelle. La moitié des conseillers trifluviens ont moins de 50 ans.

Les élections municipales de 2017 ont permis de voir s’estomper un peu le paradoxe du désengagement des jeunes dans le monde municipal. Au cours des dernières années, bon nombre de jeunes adultes s’engageaient dans des mouvements citoyens, notamment ceux liés à l’environnement. La participation des jeunes à des projets ayant une incidence sur le milieu de vie – comme les budgets participatifs, l’agriculture urbaine, les fêtes de quartier, entre autres – est plus marquée. Un tel engagement citoyen semble plus tentant, plus facilement accessible et surtout moins contraignant qu’une candidature à un poste électif.

À ce propos, les efforts faits par certaines villes et municipalités pour rendre la rémunération des élus plus conforme à la réalité et donc plus attrayante pour des non-retraités constituent aussi un pas dans la bonne direction.

Il y a certainement encore du travail à faire pour que l’engagement des «jeunes» se traduise aussi dans la participation électorale. Les faibles taux de participation aux élections – particulièrement aux municipales – sont principalement attribuables à l’absentéisme élevé des électeurs de moins de 35 ans. Là aussi il y a un paradoxe puisque plusieurs mouvements citoyens mobilisent bon nombre d’entre eux.

Enfin, 2018 nous permettra de voir si le «dégagisme» se fera sentir au niveau provincial, avec la tenue, l’automne prochain, d’élections générales. Il doit bien y avoir certains politiciens aguerris qui commencent à être nerveux, constatant qu’ils peuvent parfois être remplacés par à peu près n’importe qui...