Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Le maire Jean Lamarche
Le maire Jean Lamarche

L’année du défi et des apprentissages

ÉDITORIAL / 

L’anniversaire de l’élection de Jean Lamarche à la tête de la Ville de Trois-Rivières n’a rien de banal. En temps normal, on aurait pu dresser un bilan de sa première année comme maire, parler de ses réalisations et identifier les principaux défis qui l’attendent. Mais Jean Lamarche affronte présentement une situation de crise qui vient bousculer les travaux du conseil, qui constitue un défi colossal pour l’administration municipale et qui vient créer une pression énorme sur les finances de la Ville. L’imprévisible s’est imposé. Et le maire Lamarche avance à tâtons sur ce sentier qu’il défriche lui-même.

Peu de maires avant Jean Lamarche ont eu à gérer des situations de crise d’une ampleur comparable. On peut spontanément penser aux maires des deux guerres, J.-A. Tessier pour la Première et Arthur Rousseau pour la Deuxième, mais la situation la plus facilement comparable est peut-être celle qu’a dû affronter Louis-Philippe Normand, dont le premier mandat à la mairie a débuté quelques jours seulement après l’incendie qui a détruit la majeure partie du centre-ville, en 1908. Le maire Normand aura été le maire de la reconstruction.

C’est un défi semblable qui s’impose à Jean Lamarche. Ou a son successeur. Parce qu’on a parfois tendance à l’oublier mais il ne reste qu’un an et demi au mandat en cours. Et il n’est pas garanti que le maire puisse facilement conserver son siège.

Si on considère qu’il y a eu un «avant-douze mars» et qu’il y a un «depuis-le douze mars», Jean Lamarche n’aura eu à peine dix mois pour asseoir son leadership et surtout, se familiariser avec l’appareil municipal. C’est bien peu pour un néophyte, surtout dans le contexte d’un conseil divisé, au sein duquel se retrouvent des personnalités fortes et aux idées parfois bien tranchées.

Le maire Lamarche n’a pas pu, dans les mois qui ont suivi son élection, remplir une de ses priorités, celle de ramener l’harmonie au sein du conseil. Mais il n’est certainement pas le seul à blâmer là-dessus. Il y a eu plusieurs pommes de discorde qui ont animé la dissension ou même creusé des fossés. Pensons à l’aide d’urgence aux Aigles ou à celle pour le Grand Prix et son rallycross hivernal. Pensons encore à l’actuelle situation concernant la Société de transport de Trois-Rivières. Pensons, enfin, à cette sortie du conseiller Dany Carpentier, en novembre dernier, sur l’absence de leadership au conseil municipal.

S’il n’y a pas encore eu d’avancées significatives dans certains de ses engagements comme le développement du site d’Aleris, la mise en place d’une ressource pour la rétention des diplômés ou l’élaboration d’un programme favorisant l’acquisition de vélos électriques, il y a eu des réalisations importantes. La concrétisation d’un plan stratégique pour le Bas du Cap ou le déploiement de la zone d’intervention spéciale à la suite des inondations ont été des succès.

Le dossier du nouveau Colisée, sorte de cadeau de Grec légué par son prédécesseur Yves Lévesque, n’a pas été de tout repos pour Jean Lamarche. Et ce n’est pas fini. On a senti beaucoup d’hésitations dans le processus visant à trouver un locataire, le maire se retrouvant pris entre les pressions du comité de relance des Patriotes de l’UQTR, l’opinion populaire favorable à la East Coast League et les points de vue divergents au sein du conseil.

On pensait que Jean Lamarche allait jouer sa mairie dans ce dossier du Colisée, mais c’est peut-être davantage sur sa gestion de la crise de la COVID-19 qu’il la joue. S’il ressort fort de cette situation exceptionnelle, il devra une fière chandelle à IDE Trois-Rivières.

On aura noté, enfin des difficultés sur le plan des communications et de la maîtrise de certains dossiers. L’inexpérience les explique en partie. Sur le plan politique, il manque une dose d’instinct, en partie comblé par un cabinet qui semble en mener large.

Mais globalement, après un règne de dix-huit ans d’un maire flamboyant, Jean Lamarche fait un travail honnête. Il est animé par la meilleure des volontés et devra s’affirmer avec encore plus de conviction s’il veut éviter qu’on lui accole l’étiquette de «maire de transition».