L’année de la petite révolution

Nouvelles façons de faire, rajeunissement du conseil municipal, préoccupation pour l’information et pour la transparence, nouvelle vision du rôle des élus, volonté de planifier à long terme: il y a bel et bien une petite révolution qui s’opère à l’hôtel de ville de Trois-Rivières.

Il s’en est passé des choses en un an sur la scène municipale trifluvienne. Rarement aura-t-on vu une première année d’un nouveau conseil aussi chargée et aussi lourde de conséquences sur l’administration municipale et sur la philosophie entourant la prise de décisions à l’hôtel de ville.

Mettons tout de suite de côté le fait que le maire Yves Lévesque soit présentement en arrêt de travail pour des raisons de maladie. C’est une situation inhabituelle, certes, mais qui n’est pas directement reliée à l’élection de novembre 2017. Il faut bien dire «pas directement» parce qu’on sait très bien que le maire a vu son autorité considérablement affaiblie, ce qui lui a peut-être enlevé un peu de la vigueur et de la détermination qu’il avait toujours affichées jusque-là.

L’absence d’Yves Lévesque aura donné beaucoup de place à la mairesse suppléante, Ginette Bellemare. Rarement un conseiller ou une conseillère occupant cette fonction n’aura autant mérité les quelque treize mille dollars de prime salariale qui viennent avec.

Le début de mandat a été marqué, pour le maire, par un geste de réconciliation envers l’Union des municipalités du Québec, qu’il boudait depuis juin 2015. Peut-être voulait-il envoyer un signal fort selon lequel il avait entendu les critiques de ceux et celles qui déploraient l’absence de Trois-Rivières à une telle instance, surtout compte tenu des enjeux communs à l’ensemble des grandes villes.

Mais ç’aura été le seul rameau d’olivier tendu par le maire lui-même.

L’arrivée de sept nouveaux conseillers, dont cinq qui ne partagent pas spontanément ses idées et ses façons de faire, a complètement changé la dynamique au conseil. Le maire et les conseillers qui lui sont généralement favorables se sont rapidement retrouvés en situation de minorité. C’est d’ailleurs ce qui a permis au conseil d’aller de l’avant avec des mesures que le maire ne voyait pas d’un œil favorable. On peut penser à la diffusion des séances du conseil et à l’ouverture aux journalistes de la session de travail des conseillers qui précède chaque assemblée publique.

Quelque anodins qu’ils puissent paraître, ces deux gestes auraient été impensables jusqu’à l’élection de 2017. Impensables, en fait, tant qu’Yves Lévesque avait une majorité de conseillers alignés à ses côtés.

La majorité de conseillers a aussi parlé d’une voix forte dans d’autres dossiers, notamment celui du budget 2018 et du gel de taxes qui y est associé. On se rappellera que le budget avait été adopté à la toute dernière minute, le 31 décembre, après son rejet par huit conseillers deux semaines plus tôt.

L’autre dossier où la voix du maire n’aura pas été assez forte pour calmer le mouvement d’opposition au sein du conseil est celui de la transaction avortée par laquelle la Société immobilière G3R – qui gère le Centre d’événements et de congrès interactifs (CECI) – serait devenue propriétaire du stationnement Badeaux. Neuf conseillers ont voté contre une telle transaction, ce qui n’a évidemment pas plu au maire Lévesque.

Plusieurs prétendent que c’est à partir de ce moment que celui-ci a commencé à montrer moins d’intérêt envers les dossiers municipaux, à prendre un peu de distance de l’hôtel de ville et à renoncer à certains événements mondains. La prise de conscience d’une perte de contrôle devenait flagrante et la perspective d’une candidature au fédéral pour les conservateurs devenait de plus en plus alléchante.

Et voilà que se lèvent certains prétendants qui ont l’intention d’être sur la ligne de départ, peu importe le moment où aura lieu la prochaine course à la mairie. En 2021 comme prévu ou d’ici un an?

Dans un cas comme dans l’autre, cela devrait marquer la fin d’un règne. Même si en pratique celui-ci est déjà terminé.