L’aréna Jean-Guy Talbot était un des symboles associés à l’ancienne ville de Cap-de-la-Madeleine.

L’ancienne ville que l’on dépouille...

ÉDITORIAL / La décision qu’on voyait venir depuis plusieurs mois a été confirmée la semaine dernière: la Ville de Trois-Rivières n’a, semble-t-il, pas d’autres choix que de démolir l’aréna Jean-Guy Talbot. Même s’il y a un projet de construction d’un autre complexe sportif sans glace, il n’en demeure pas moins que c’est une partie du secteur Cap-de-la-Madeleine qu’on déconstruit. Encore.

L’aréna Jean-Guy Talbot était un des symboles associés à l’ancienne ville de Cap-de-la-Madeleine. Un peu comme l’étaient, à une époque, des usines comme la Reynolds, la Norton ou la TwinPak. Un peu comme l’était l’hôtel de ville, transformé en résidence pour aînés. Un peu comme l’était l’hôpital Cloutier, devenu le centre Cloutier-du Rivage, dont l’urgence a été récemment transformée en clinique de proximité. Un peu comme l’était le bureau de poste de la rue Toupin. Un peu comme l’était, aussi, l’église Sainte-Marie-Madeleine. Un peu comme l’était, enfin, le Mondial des amuseurs publics.

Quand on fait de tels constats, on peut comprendre que les citoyens du secteur situé à l’est de la rivière Saint-Maurice ont l’impression de perdre leurs repères.

Il est fort possible que la démolition de l’aréna Jean-Guy Talbot soit préférable à sa rénovation. Mais il convient certainement, dans ce cas, de se poser de sérieuses questions sur l’entretien des immeubles de la Ville. On savait depuis longtemps que cet aréna avait besoin de travaux et certainement que l’accumulation de rénovations non effectuées aura eu raison de cet équipement sportif.

Le vérificateur général de la Ville de Trois-Rivières, Jacques Bergeron, avait mentionné dans son plus récent rapport, que l’indice de vétusté de l’aréna Jean-Guy Talbot était de 58 % et que sa valeur de remplacement indiquée dans le rapport était de 4,1 millions $. La toiture, l’isolation, la structure et l’enveloppe extérieure de l’immeuble présentent des problèmes majeurs, selon le vérificateur. Le système de refroidissement de la glace aurait également dû être remplacé.

On ne sait pas encore par quoi exactement sera remplacé l’aréna Jean-Guy Talbot. Les autorités municipales ont parlé d’un complexe sportif mais sans glace. On se retrouvera donc avec une glace de moins à l’est de la rivière et on ne sait pas encore à quel coût sera construit le futur complexe sans glace.

Si la rénovation était trop coûteuse, a-t-on envisagé de réelles possibilités de reconstruire un aréna avec une glace, répondant aux besoins de ce secteur de la ville?

À un peu plus de 450 kilomètres d’ici, la Ville de Mont-Joli est en train de construire un aréna tout neuf de 800 places, avec une glace accessible toute l’année, sept vestiaires, une aire de restauration en mezzanine, des salles multifonctionnelles et des espaces de rangement. Mieux encore, on fait tout pour que cet aréna soit le plus efficace possible sur les plans énergétique et écologique.

Le coût total de cette nouvelle construction est de 9,4 millions $. Les gouvernements du Québec et du Canada contribuent pour 5,4 millions $, ce qui laisse à la Ville de Mont-Joli une participation financière de 2,7 millions $. C’est plutôt abordable pour un aréna neuf. Si une municipalité de 6200 habitants comme Mont-Joli peut se le permettre, cela vaudrait certainement la peine que Trois-Rivières analyse une possibilité semblable.

L’instigatrice d’une pétition demandant la rénovation plutôt que la démolition de l’aréna Jean-Guy Talbot s’inquiétait des conséquences sur les équipes mineures ou sur le senior AAA qui évoluent sur cette glace. Elle mentionnait, avec raison, que si la Ville n’avait pas laissé aller l’aréna, on n’en serait pas là aujourd’hui.

Et c’est ça qui fait le plus mal. On laisse aller beaucoup de choses dans ce secteur de la ville. Même s’il y a – fort heureusement d’ailleurs – un programme de revitalisation qui se dessine pour le bas-du-Cap, les Madelinois ont l’impression de s’être fait voler leurs équipements, leurs services, leur identité.

Force est d’admettre qu’ils n’ont pas tout à fait tort.