Caroline Lamy

Lamarche et la Démarche

ÉDITORIAL / Il y a peut-être quelque chose de rassurant dans les propos du maire Jean Lamarche au sujet des problèmes de financement qui touchent présentement la Démarche des premiers quartiers. Lui et les membres du conseil municipal ont accepté de rencontrer les dirigeants de l’organisme pour voir quelles sont les avenues qui pourraient être explorées. Le conseil, assure-t-il, croit à la revitalisation des premiers quartiers.

Si cette profession de foi est sincère, il sera intéressant de voir jusqu’où la Ville pourrait aller pour maintenir en activité cet organisme qui lui a rendu de fiers services au cours des dernières années.

Le maire Lamarche, qui a grandi dans Sainte-Cécile et qui habite le Bas-du-Cap, semble avoir bien saisi l’importance de l’organisme et le rôle unique qu’il joue sur le terrain. C’est une sensibilité qui pourrait faire toute une différence dans ce cul-de-sac.

La Démarche des premiers quartiers de Trois-Rivières a pour mission, entre autres, de réaliser des activités pouvant améliorer la qualité et les conditions de vie des citoyens et citoyennes des premiers quartiers sur le plan social, économique, environnemental et culturel, avec une préoccupation pour les personnes en situation de pauvreté et en exclusion sociale. L’organisme intervient aussi pour faciliter la mise en œuvre ou coordonner des initiatives, des activités ou projets qui contribuent à la revitalisation, notamment en privilégiant la participation citoyenne. Il organise aussi des activités de sensibilisation, d’éducation, d’information, de prévention et de formation.

La Ville contribuait déjà au financement de la Démarche des premiers quartiers mais davantage sous forme de projets ou de mandats qu’elle lui confiait. Fonctionner par projets et par programmes augmente la précarité de ces organismes et ne permet pas d’assurer une stabilité dans le personnel. À Shawinigan, l’exemple récent de l’organisme Revitalisation des quartiers Saint-Marc–Christ-Roi, lui aussi confronté à des problèmes de financement, amenait au même constat.

Un organisme comme la Démar- che est un atout considérable dans une ville comme Trois-Rivières où les premiers quartiers présentent un tissu social particulier, une situation économique défavorable, une trame urbaine différente. Rien de mieux qu’un organisme de terrain pour bien connaître le public auquel on s’adresse, comprendre ses besoins, ses modes de fonctionnement et ses interrelations avec d’autres organismes. Il y a, à la Démarche des premiers quartiers, une expertise, un ancrage dans le milieu, une flexibilité et une créativité que bien d’autres organismes n’ont pas.

Si jamais il était passé par l’esprit des élus et des fonctionnaires de la Ville que des opérations de consultation, d’élaboration de politiques ou d’information ciblée pourraient plutôt être assumées par la Direction des communications et de la participation citoyenne plutôt que d’être confiées à un organisme comme la Démarche des premiers quartiers, ce n’est peut-être pas un si bon calcul.

Implantée depuis une vingtaine d’années, avec des hauts et des bas, la Démarche des premiers quartiers est devenue un acteur de développement social de premier plan. On a pu apprécier son expertise dans des projets comme les ruelles vertes ou les jardins communautaires, dans de nombreuses consultations – comme celle pour le plan directeur du Bas-du-Cap –, dans des réalisations comme le Carré de la Fosse, ou encore dans des mobilisations citoyennes.

Le budget annuel de la Démarche des premiers quartiers est d’environ 200 000 $. L’organisme pourrait toujours continuer à fonctionner par projets ou par programmes, mais pas pour la totalité de ses activités. Il appartiendrait à la Ville, puisque le rôle de l’organisme est essentiellement municipal, d’assurer un financement de base adéquat.

Financer un organisme comme la Démarche des premiers quartiers n’est certainement pas aussi sexy que de construire un Colisée, de verser des sommes considérables à des festivals, des événements ou des équipes sportives. Mais pour une ville comme Trois-Rivières, ça peut être un investissement bien placé.