Lac-à-l’épaule disloqué...

Autant le gouvernement de la Coalition avenir Québec a pu démontrer beaucoup de finesse et de bon sens dans certaines décisions récentes, autant on a l’impression que cette histoire d’annulation d’une rencontre du Réseau national des pôles régionaux d’innovation sent la politique partisane à plein nez. On est en train de faire une tempête dans un verre d’eau à propos d’une initiative légitime, mise en place par le précédent gouvernement.

Les 7 et 8 février devait avoir lieu, à l’Auberge du lac à l’Eau claire de Saint-Alexis-des-Monts, une rencontre de type lac-à-l’épaule à laquelle devaient participer environ 130 délégués. Le Réseau national des pôles régionaux d’innovation (RNPRI) devait prendre à sa charge l’ensemble des frais d’hébergement et de restauration pour les participants provenant de partout au Québec.

Il n’en fallait pas plus pour que cela attire l’attention de la ministre déléguée au Développement régional, Marie-Ève Proulx, qui a accéléré le processus d’examen de la gouvernance de ce regroupement. Et cette intervention de la ministre a sonné le glas de la rencontre prévue la semaine prochaine.

D’abord, s’il fallait que ce soit le budget de 70 000 $ prévu pour cet événement qui ait provoqué son annulation, ce serait aussi dommage qu’inquiétant. Un réseau national, c’est censé réunir des intervenants de partout au Québec, avec ce que ça implique en frais de transport, d’hébergement, de restauration, d’organisation, de logistique. Ça ne semble pas démesurément exagéré. Aurait-on pu tenir l’événement ailleurs? Dans une formule moins coûteuse? Peut-être. Mais le Réseau avait un mandat d’organiser ce lac-à-l’épaule et il avait, sans doute, toute la latitude pour remplir ce mandat.

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait, il y a un an, désigné le DigiHub de Shawinigan comme responsable de la mise en place d’un réseau national dédié au développement régional. Ce réseau héritait d’un budget de 32 millions $ sur quatre ans. Mais voilà que depuis quelques mois, des voix – notamment celle de la Fédération québécoise des municipalités – s’élèvent pour remettre en question la pertinence de ce regroupement. On craint, dit-on, les dédoublements avec les structures de développement économique déjà existantes.

Ajoutons à cela la chasse aux économies potentielles, qui découle de la directive du premier ministre de voir où pouvaient être exercées certaines compressions dans les différents ministères, et on se retrouve avec une nouvelle structure – dont la mission est certes originale et dont les objectifs sont audacieux – qui craint maintenant pour sa survie.

Il est normal qu’un gouvernement nouvellement élu fasse un survol des ministères et des organismes et qu’il instaure parfois de nouvelles façons de faire. Mais s’il existe, comme le suggère le critique libéral en matière de PME et d’innovation, un «agenda caché» quant à la récupération des 32 millions $ promis par le précédent gouvernement, c’est une autre histoire. On couperait les vivres à un organisme qui n’est incorporé que depuis sept mois et qui n’a évidemment pas eu le temps de s’organiser et de porter ses fruits.

Peut-être, aussi, que la ministre a simplement voulu donner suite à l’intervention de la Fédération québécoise des municipalités selon laquelle un tel réseau national de pôles d’innovation n’est peut-être pas nécessaire. Le président de la FQM affirmait récemment que «beaucoup de régions ne voulaient pas de ces pôles d’innovation». Ça mérite certainement d’être vérifié et validé. Mais il y avait, en contrepartie, un mouvement composé d’élus et d’intervenants qui y étaient largement favorables.

Ç’aurait pu être une bonne idée de maintenir le lac-à-l’épaule et d’y inviter la ministre, justement pour échanger sur sa vision et sur la mission du RNPRI. Avec plus d’une centaine de représentants de ces pôles d’innovation, l’occasion aurait été belle de découvrir ce que ça mange en hiver des pôles d’innovation.