Le projet de cimetière musulman à Saint-Apollinaire ne pourra aller de l'avant.

L'absurdité référendaire

Une poignée d'électeurs de la municipalité de Saint-Apollinaire, sur la rive sud de Québec, vient de donner la preuve que le processus de consultation en matière d'urbanisme est désuet et que la population du Québec n'est peut-être pas aussi ouverte et tolérante qu'elle en a l'air.
Le référendum tenu dimanche dernier visait à permettre une modification au règlement de zonage afin d'autoriser l'aménagement d'un cimetière musulman. Dix-neuf personnes, sur les 35 qui ont exprimé leur droit de vote, ont voté contre.
Le problème, c'est que 49 personnes seulement avaient droit de vote pour ce référendum. Comme c'est le cas pour chaque modification de zonage, ce sont les résidents des zones directement touchées par le projet qui peuvent s'exprimer. On peut penser que cette restriction à un nombre limité d'électeurs peut avoir un certain sens dans certaines situations, mais dans ce cas-ci, l'impact de la modification dépassait l'aspect strictement urbanistique. 
Le débat sur l'implantation projetée d'un cimetière musulman a une dimension essentiellement sociologique. Et c'est pour cette raison que jamais cette question n'aurait dû être laissée entre les mains de 49 personnes.
En fait, cela démontre surtout qu'il était urgent de modifier les règles entourant les changements de zonage et le processus de consultation qui y est associé. Voilà qui alimentera sans doute les membres du comité chargé de préciser les grands principes enchâssés dans le projet de loi 122, adopté le 15 juin dernier par l'Assemblée nationale. Ce projet de loi abolit notamment l'obligation de tenir des référendums municipaux dans certaines circonstances, entre autres en matière d'aménagement du territoire.
Même si ce projet de loi est adopté et sanctionné, il reste encore bien des choses à préciser. Mais essentiellement, il devrait permettre de sortir du modèle basé sur l'opposition aux projets et sur la mobilisation qui peut en découler. La lourdeur du processus actuel d'approbation des modifications aux règlements d'urbanisme et de zonage et la trop grande facilité avec laquelle un groupe de personnes intéressées peut défaire un projet de règlement sont certainement des obstacles au cheminement de projets jugés intéressants, souhaitables ou responsables par les élus ou par un groupe de référence plus large.
Une politique de participation citoyenne ou de consultation en amont devrait permettre d'éviter les référendums et de changer l'approche en matière d'urbanisme. Il est permis de croire qu'on passerait à un modèle dans lequel la participation citoyenne viserait à bonifier les projets plutôt qu'à les anéantir.
Mais on n'est pas encore rendu là. 
Pour l'instant, on se retrouve avec un résultat de référendum qui nous recolle l'étiquette de la xénophobie et de la peur de l'autre. Même si l'autre en question est mort.
Le fait d'avoir un cimetière musulman, où que ce soit, ne doit pas être vu comme un accommodement ou comme un privilège quelconque. Il ne faut pas oublier qu'il y a des précédents en la matière. Les catholiques, les juifs ou les protestants peuvent enterrer leurs morts comme ils l'entendent. On peut penser ce qu'on veut du modèle des cimetières confessionnels, mais ce modèle existe et il n'y a pas lieu d'en priver les membres de la communauté musulmane.
Il est souhaitable qu'un dossier comme celui-là ne soit pas laissé entre les mains d'un gouvernement municipal. Parce que l'enjeu, ici, dépasse le syndrome du «pas dans ma cour».