La volte-face de Walmart

ÉDITORIAL / La décision de Walmart Canada de remettre en place un nouveau programme destiné aux personnes présentant un trouble du développement, notamment en offrant des rémunérations à des stagiaires, constitue certainement un bel exemple d’une compagnie qui admet avoir pris une mauvaise décision et qui prend les moyens pour remédier à une erreur qu’elle avait commise.

Reportons-nous à la fin mars 2018. Walmart Canada décidait de mettre fin au programme d’intégration au travail de personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. Le geste avait provoqué une vague d’indignation, si bien que la compagnie s’est vite retrouvée dans un tourbillon médiatique qu’elle n’avait pas vu venir.

La nouvelle avait eu un effet dévastateur chez les principaux intéressés qui perdaient bien plus qu’un emploi. Pour plusieurs de ces participants au programme, se rendre au travail chaque jour était une source de valorisation, une expérience de socialisation et une marque d’intégration. Le cri du cœur de certains d’entre eux avait été entendu. En Mauricie et au Centre-du-Québec, par exemple, le CIUSSS avait reçu des offres de plusieurs employeurs prêts à accueillir les personnes handicapées.

Dans la tourmente, Walmart avait réembauché certains participants dans les jours qui ont suivi.

Mais Walmart avait surtout indiqué, à ce moment, que la compagnie allait travailler à trouver de nouveaux arrangements qui offriraient du soutien aux participants. Elle ouvrait ainsi la porte à la mise en œuvre d’un programme bonifié et permanent.

Force est de constater que c’est ce qui se produit. Même s’il n’est pas parfait, le nouveau programme lancé par Walmart permettra à des dizaines, voire des centaines de personnes ayant un trouble du développement de trouver un milieu de travail adéquat.

En vingt ans avant la décision regrettable de mars 2018, Walmart s’était déjà bâti une réputation enviable en offrant à des personnes plus vulnérables sur le plan de l’employabilité un milieu de travail valorisant. La chaîne de magasins servait même d’exemple pour plusieurs autres employeurs soucieux de jouer un rôle social significatif en embauchant des personnes présentant une déficience intellectuelle.

Le programme annoncé mardi consiste à offrir des opportunités de stages rémunérés ou bénévoles. La nuance est importante, puisque certaines personnes visées par un tel programme pourraient ne pas vouloir de rémunération afin de conserver l’intégralité des prestations de solidarité sociale auxquelles elles ont droit. Les nouveaux participants se verront offrir une occasion de stage rémunérée avec un contrat renouvelable. Dans les cas de stages bénévoles, le contrat est renouvelable une fois, pour un maximum de deux ans.

Bien sûr il y a des imperfections. Le fait d’avoir un milieu de travail réunissant des salariés, des stagiaires rémunérés et des stagiaires bénévoles risque de compartimenter les employés et de porter ombrage aux objectifs d’intégration. Le programme mis en place présente aussi des lacunes de stabilité, ce qui peut affecter émotivement les personnes qui en bénéficient directement.

Mais globalement, il s’agit d’une mesure qui tombe à point, surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. Beaucoup d’employeurs qui font une place aux personnes ayant des limitations intellectuelles ou des troubles de développement sont unanimes: les participants à des programmes de la sorte sont d’excellents employés, fiables, enthousiastes, disponibles et ouverts à l’apprentissage.

Il y a seize mois, Walmart passait pour une entreprise sans cœur en mettant fin abruptement au programme existant alors. Aujourd’hui, il convient de saluer cette volte-face non seulement pour ce qu’elle représente sur le plan des principes d’inclusion sociale et de participation sociale, mais aussi pour l’exemple qu’elle vient donner à bien d’autres entreprises.