La Ville et le sport

Éditorial/ Visiblement, certains conseillers de la Ville de Trois-Rivières ont des réticences à injecter de l’argent public dans les événements sportifs de la région. Cette semaine, la conseillère Mariannick Mercure a fait une autre sortie éclatante en mentionnant que l’administration trifluvienne dilapidait les fonds publics en subventionnant l’organisation du Grand Prix de Trois-Rivières. Rien de moins.

Il y a quelques semaines, c’est la direction des Aigles de la ligue Can-Am qui se heurtait à la valse-hésitation des élus trifluviens. Il est tout à fait justifié de bien évaluer une demande d’aide financière avant de l’accorder. Cela s’inscrit même dans les responsabilités inhérentes à la fonction d’un élu. Mais il ne faudrait quand même pas tomber dans la démagogie, l’exagération et les raccourcis.

Dans le cas du Grand Prix de Trois-Rivières, qui sollicite une aide supplémentaire de 100 000 $ pour organiser une activité hivernale (la Ville donne déjà au GPTR une subvention de 914 000 $ pour les courses estivales), il est primordial de considérer ses retombées avant de crier haut et fort qu’il s’agit d’un gaspillage de deniers publics. Le GP3R attire chaque été des milliers de touristes de l’extérieur. Les hôtels sont pleins et on parle de retombées directes évaluées à environ 12 millions $.

Mme Mercure, reconnue pour ses convictions environnementales, voit les choses différemment. Elle voudrait que l’argent soit investi ailleurs (transport collectif). Elle prétend aussi que ce sont plutôt 1,5 million de dollars que la Ville de Trois-Rivières met dans le GP3R. Elle y inclut notamment l’argent consacré pour les murets et l’asphalte. Bref, les visions sont différentes et ça risque de faire des flammèches à la prochaine assemblée publique.

Oui, il s’agit d’investissements majeurs qui méritent réflexion mais qui peuvent considérablement changer le portrait touristique d’une région. Prenons l’exemple de l’Amphithéâtre Cogeco. Il y a eu plusieurs levées de boucliers lorsque la Ville a dû allonger les 26 millions $ nécessaires pour sa construction. Qui remet en doute cet investissement aujourd’hui alors que cette infrastructure est devenue le symbole touristique de la région? Personne.

Même constat du côté du nouveau colisée de Trois-Rivières. Sa construction n’est même pas terminée et on parle déjà de la possibilité d’attirer des tournois majeurs comme les Cœurs Scott. 

C’est tellement difficile de mettre en place des événements qui ont un impact significatif qu’il faut faire preuve d’une grande prudence avant de les remettre en question.

Et ce n’est pas seulement une question de retombées. Il faut également prendre en considération l’utilisation de ces installations faite par les citoyens eux-mêmes. Des milliers de jeunes et de sportifs adultes vont bénéficier du nouveau colisée. Du côté des Aigles de Trois-Rivières, il y a de nombreux amateurs de bon baseball en région et il est peut-être justifié de leur offrir un bon spectacle. Pour autant, évidemment, que ceux-ci soient au rendez-vous.

On peut comparer cela à l’argent investi dans nos attraits touristiques culturels. Est-ce que ceux-ci nagent dans les surplus? Non! Est-ce qu’ils dilapident les fonds publics? Encore non! Leur présence assure une diversité et une vitalité dont bénéficient tant les touristes que les gens de la région.

On le répète, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il faut allonger les subventions sans poser de questions. Est-ce que l’activité hivernale proposée par le GP3R est la meilleure option alors que la question «d’urgence climatique» est la préoccupation de l’heure? La question est légitime. Est-ce que cela justifie pour autant d’arrêter de financer le grand prix trifluvien? Voyons donc!

L’important dans tout ça, c’est de rester honnête dans les discussions et d’éviter les débordements émotifs. Il serait d’ailleurs plus constructif que certains élus de Trois-Rivières expriment leurs désaccords de façon moins excessive et dans le cadre politique prévu à cet effet. Cela permettrait peut-être de préserver un semblant de bonne entente qui commence à s’étioler au conseil de ville.