Les élèves, les parents et le personnel de l’école Notre-Dame, à Notre-Dame-du-Mont-Carmel, ont toutes les raisons de se réjouir.

La victoire de la mobilisation

Les élèves, les parents et le personnel de l’école Notre-Dame, à Notre-Dame-du-Mont-Carmel, ont toutes les raisons de se réjouir. Huit millions trois cent mille dollars qui tombent du ciel pour l’ajout de huit classes et d’un gymnase, il y a de quoi fêter. L’annonce cache deux éléments importants. D’abord, il faut encore des mobilisations vigoureuses du milieu pour espérer des investissements nécessaires. Ensuite, le ministère est maintenant disposé à contourner sa propre règle concernant le transfert d’élèves dans un rayon de 20 kilomètres.

Une telle ouverture est certainement une bénédiction pour les écoles situées en milieu rural qui se retrouvent parfois avec un surplus de clientèle. Traditionnellement, le ministère de l’Éducation prévoyait que le financement pour une construction ou un agrandissement n’est autorisé que si la démonstration est faite qu’il n’y a pas d’espace disponible dans d’autres écoles de la commission scolaire, à l’intérieur d’un rayon de 20 km.

Lorsque, il y a deux ans, on a annoncé l’agrandissement de l’école Sainte-Marie de Saint-Boniface, on avait également fait une entorse à cette règle. Exactement comme on vient de le faire à Notre-Dame-du-Mont-Carmel.

Le principe du transfert d’élèves est remplacé par une position, plus souple et relevant davantage du gros bon sens, basée sur l’appartenance au milieu.

Notons au passage que c’est un principe qui devrait guider les gestionnaires de n’importe quel secteur d’activités.

Le ministre Sébastien Proulx, qui connaît bien la région pour y avoir passé une partie de sa jeunesse et pour avoir brièvement représenté Trois-Rivières à l’Assemblée nationale, est conscient des particularités de certains milieux. Saint-Boniface et Notre-Dame-du-Mont-Carmel, ce sont des municipalités qui subissent une croissance démographique considérable, principalement en raison de leur positionnement géographique avantageux. Elles sont proches de la ville, leur marché immobilier est diversifié et elles offrent des taux de taxation attrayants pour des jeunes ménages.

Normal, donc, que l’école primaire devienne une préoccupation.

Le ministre n’a pas voulu éliminer la règle du transfert possible dans un rayon de 20 kilomètres, mais il y a ajouté un critère de communauté naturelle. C’est parfois subjectif, mais il faut souvent cette subjectivité pour prendre les décisions qui s’imposent et qui apparaissent évidentes aux yeux de bien du monde.

Chose certaine, la plus récente décision apparaissait évidente et nécessaire aux yeux des parents impliqués dans le comité de mobilisation pour l’agrandissement de l’école.

Mais quelque excellente que puisse être cette nouvelle, elle rappelle aussi que la mise aux normes et l’agrandissement d’écoles primaires ne devraient pas être assujettis aux interventions d’élus ou aux mobilisations de parents et de citoyens. Les impératifs liés au développement d’infrastructures devraient être dictés par l’évaluation des besoins et les perspectives démographiques. Et ça devrait être un automatisme.

Heureusement, à défaut d’avoir un mécanisme qui permettrait d’éviter le «cas par cas», on semble maintenant consacrer le recours à un critère subjectif lorsque ça s’impose. Ce qui est dommage, c’est que pour qu’on utilise cette voie de contournement, la mobilisation des communautés est nécessaire. C’est tout à l’honneur des parents, des enseignants et des élus locaux, mais ça demande du temps et de l’énergie. Ça joue sur le moral. Des civils doivent livrer ce que tout le monde appelle une «bataille».

Au moins les députés présents ont salué la qualité de la mobilisation et l’acharnement du milieu. C’est bien la moindre des choses.

Ça a sans doute facilité leur propre travail de persuasion auprès du ministre.