Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, est venu rencontrer Yves Lévesque à Trois-Rivières récemment.

La vedette des conservateurs

Depuis le temps qu’on s’y attendait, c’est maintenant chose faite: Yves Lévesque, après quelques mois de fréquentations et un flirt presque ininterrompu au cours des douze dernières années, a signé sa carte de membre du Parti conservateur du Canada. Ça laisse de moins en moins de doute sur le saut qu’il pourrait faire en politique fédérale pour l’élection d’octobre 2019. Mais ça laisse la gestion de la Ville dans une situation aussi curieuse qu’inconfortable.

N’eût été la présence de l’ex-chef bloquiste Michel Gauthier au conseil général de l’aile québécoise du Parti conservateur, à Saint-Hyacinthe, le maire Yves Lévesque aurait été l’unique superstar de ce rassemblement politique. En fin de semaine dernière, il a toutefois dû partager l’attention médiatique avec l’ancien député de Roberval. Même le chef Andrew Scheer a confirmé leur statut de «co-vedettes» en disant que des exemples comme Michel Gauthier et Yves Lévesque, il y en aura d’autres.

Il n’en fallait certainement pas plus pour propulser le maire sur un nuage, lui qui aime bien avoir les projecteurs braqués sur lui.

Il est vrai que pour les conservateurs, Yves Lévesque est une belle prise. En fait, le parti semble affectionner le recrutement de candidats qui jouissent déjà d’une notoriété attribuable à une carrière politique au niveau municipal. On n’a qu’à penser à Denis Lebel, ancien maire de Roberval, et Alain Rayes, ex-maire de Victoriaville, qui ont rapidement pris du galon dans les rangs conservateurs

Le problème, c’est qu’Yves Lévesque est toujours maire de Trois-Rivières. Nous sommes à un an et demi des élections fédérales et on a un maire qui vient de se peinturer en bleu foncé.

Il faut comprendre que nous ne sommes pas, au Canada, dans une situation d’affichage ouvert des allégeances politiques, comme en Europe ou aux États-Unis. Dans ces pays, la couleur politique des maires est non seulement connue, mais sa divulgation est encouragée.

Ici, ce n’est pas le cas.

Les maires, traditionnellement, se sont toujours gardé une petite gêne, une sorte de pudeur politique, pour éviter de froisser les gouvernements qui ne seraient pas de la même couleur politique que le maire d’une municipalité.

Et c’est exactement ce qui se produit présentement. Yves Lévesque manifeste de plus en plus d’intérêt pour un parti fédéral qui n’est pas au pouvoir. On pourrait facilement comprendre que les libéraux de Justin Trudeau soient agacés par ce mariage non encore consommé entre le maire de Trois-Rivières et le Parti conservateur. Inévitablement, cela peut finir par avoir des incidences peu souhaitables sur certains dossiers impliquant le gouvernement fédéral.

Évidemment, si le maire décide de pousser son engagement partisan jusqu’à vouloir représenter le Parti conservateur à l’élection de 2019, cela fera de lui un candidat à surveiller. Et cela fera de Trois-Rivières une circonscription prenable pour le parti d’Andrew Scheer.

Mais d’ici là, les intentions d’Yves Lévesque alimentent l’inconfort au conseil municipal et, surtout, le cynisme de la population envers les élus.

S’il se présente en 2019, le maire ira à l’encontre d’un engagement qu’il avait pris pendant la campagne municipale de 2017. Il avait alors déclaré qu’il n’était pas question, s’il devait être réélu, de faire le saut au provincial ou au fédéral, tant qu’il n’aurait pas terminé ce mandat de quatre ans comme maire.

«Je veux finir ce que j’ai commencé. Si je suis élu, je termine mon mandat. Je suis un homme respectueux et loyal. J’aurais pu quitter le bateau à n’importe quel moment», disait-il alors. Et il ajoutait qu’il ne voudrait jamais obliger la tenue d’une partielle pour avoir quitté en cours de mandat: «Quand je m’engage, c’est pour quatre ans. Jamais que je vais faire en sorte d’occasionner une élection municipale. J’ai un principe quand je m’engage dans un mandat, je le termine. J’ai mes valeurs et mes principes.»

Des valeurs et des principes qui, doit-on le répéter, semblent variables selon les «opportunités» politiques.