La tragi-comédie du Parti vert

Mais quelle mouche a donc piqué le chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrrell? Exclure un candidat simplement parce qu’il a des accointances avec une ex-candidate du Parti québécois, essayiste et militante contre le fondamentalisme islamiste, c’est extrêmement préoccupant.

La décision du chef du Parti vert d’écarter la candidature du chanteur Jamil Azzaoui dans Maskinongé vient jeter beaucoup de discrédit sur cette formation qui, pourtant, mène une campagne honorable malgré des moyens limités et malgré un intérêt médiatique parfois injuste.

C’est vrai aussi dans la région. Adis Simidzija et Stéphanie Dufresne, respectivement candidats dans Trois-Rivières et dans Champlain, font une bonne campagne et sont certainement plus que des poteaux comme on en recrute encore sur le site de la formation politique.

La délégation régionale du Parti vert a remporté, lundi, la compétition amicale «Prends ma place», organisée par COMSEP, qui consiste à préparer deux repas équilibrés et un dessert pour une famille de quatre personnes, pour moins de 20 $. Au débat organisé au Cégep de Trois-Rivières, mardi, le Parti vert n’avait pas été invité. Mais c’est pourtant Adis Simidzija qui a eu un des commentaires les plus pertinents à l’issue de l’activité lorsqu’il a fait part de sa déception de ne pas avoir entendu davantage les candidats sur des enjeux locaux et sur des propositions plus personnelles, qui se démarquent de la ligne «nationale» des partis qu’ils représentaient.

Ajoutons à cela l’originalité du geste posé par la candidate dans Champlain, Stéphanie Dufresne, qui s’était lancé le défi de manger 100 % local pour 100 jours, en juin dernier, et on constate qu’on est loin d’une campagne de poteaux, même si les chances de gagner sont pratiquement inexistantes.

Au début août, des signaux de défaillance apparaissent dans le tableau des Verts de la région. Clodie Gauthier, candidate déclarée dans Maskinongé depuis la fin juin, annonce qu’elle se retire, pour des raisons de santé familiale, expliquera plus tard le Parti vert par voie de communiqué. Quelques jours plus tôt, la candidate annoncée dans Laviolette–Saint-Maurice, Nancy Théberge, avait elle aussi retiré sa candidature pour des raisons personnelles.

Et voilà que survient cet épisode ahurissant du retrait, moins de trois jours après son annonce, de la candidature de Jamil Azzaoui dans Maskinongé. Une candidature-poteau, avoue-t-il lui-même, pour permettre à l’organisation d’amasser des sommes pour poursuivre ses combats et ses aspirations politiques.

Au Parti vert, on justifie ce geste essentiellement par le fait que cet auteur-compositeur-interprète entretient une amitié avec Djemila Benhabib et parce qu’il a eu des contacts récents avec elle et avec le chef du PQ, Jean-François Lisée. Des fans devenus des amis, semble-t-il.

La lettre de retrait de candidature est sans appel. «Il est évident que nous ne voulons pas être associés à certaines personnes qui ne reflètent pas exactement nos valeurs», était-il écrit. Le chef Alex Tyrrell expliquait aussi que son parti ne voulait pas de l’appui de Djemila Benhabib, dont les positions dérangent, et que Jamil Azzaoui avait eu une attitude condescendante, ce qui n’aurait pas aidé sa cause.

Ainsi donc, les fréquentations personnelles et les liens d’amitié des candidats doivent être suspendus du moment que la campagne est lancée? Ça ne fait pas très sérieux.

Surtout qu’à plusieurs égards, Djemila Benhabib défend des valeurs qui devraient trouver écho au sein du Parti vert: la liberté d’expression, la séparation de la religion et de l’État, la laïcité des institutions, l’égalité homme femme, l’ouverture vers l’autre.

Dans la vie comme dans un programme politique, il y a autre chose que l’écologie et l’environnement, doit-on leur rappeler.