Robert Gauthier

La tentation de la tablette

À quoi peuvent bien servir des plans de mesures d’urgence ou des plans de sécurité civile si on ne se donne pas les moyens pour les appliquer et les maintenir à jour? C’est la question qu’on peut poser au maire et au conseil municipal de Saint-Élie-de-Caxton qui, dans le contexte de la tempête et des pannes d’électricité de la semaine dernière, n’ont pas jugé pertinent de déployer les mesures consignées dans ce document.

Les pannes causées par la neige et le verglas ont privé de courant des centaines de Caxtoniens, dont certains pendant plusieurs jours. La Municipalité a dû intervenir pour couper des arbres qui bloquaient des routes, isolant certains citoyens. Mais son action s’est essentiellement limitée à cela.

Alors que ses voisines déployaient des mesures d’urgence dignes de ce nom, Saint-Élie-de-Caxton jouait la carte du service minimum. Pourtant, la Municipalité s’était dotée, en 2014, d’un plan de sécurité civile. L’exercice avait été fait en se basant sur un modèle proposé par le ministère de la Sécurité publique. Mais le plan avait été tabletté, sans que l’on donne suite à certaines des mesures qu’il contient. Comme doter la Municipalité d’une génératrice capable d’alimenter le centre communautaire. Ou conclure une entente avec le Domaine Floribell pour l’hébergement de sinistrés.

Entre 2014 et les événements de la semaine dernière, il s’est écoulé un peu plus de quatre ans. Le conseil précédent n’a pas tenu à jour ce Plan de sécurité civile et le nouveau conseil arrivé en novembre 2017 n’a pas bougé non plus.

Un tel document devrait toujours être prêt à servir. Les officiers municipaux et les élus devraient le connaître par cœur. Les municipalités doivent le maintenir à jour et s’assurer que les équipements sont disponibles, que le personnel est formé pour occuper des rôles dans un contexte de mesures d’urgence, que des bénévoles sont prêts à répondre à l’appel, que des mécanismes de communications peuvent être instantanément déployés.

La démarche proposée par le ministère de la Sécurité publique mentionne que la préparation aux sinistres s’inscrit dans une démarche continue, qui prévoit l’intégration de la sécurité civile dans la gestion courante.

D’ailleurs, les étapes de cette démarche vont au-delà de l’adoption d’un plan de sécurité civile. Une fois que ce document est produit et adopté par le conseil, il y a deux autres éléments fondamentaux: maintenir la fonctionnalité du plan de sécurité civile et communiquer avec la population. On insiste sur le fait que le maintien de la fonctionnalité passe notamment par la formation des personnes qui se voient confier certaines tâches, par la réalisation d’exercices à intervalles réguliers, par le maintien de la bonne condition des installations et du matériel requis et par la révision périodique du plan.

En situation d’urgence, il ne suffit pas, comme l’a fait le maire Robert Gauthier, de faire une tournée des secteurs isolés et de constater que les citoyens s’entraidaient. Une municipalité doit prendre un leadership dans de telles situations et déployer des mesures plus larges, comme l’ouverture d’un centre de coordination ou d’un centre d’hébergement pour sinistrés. Mieux vaut en faire plus, et plus rapidement, que de regarder s’empoussiérer un plan d’urgence sur une tablette de l’hôtel de ville.

Il n’est donc pas étonnant de voir que des citoyens – notamment des citoyens qui ont participé à l’élaboration du Plan de sécurité civile – n’ont pas apprécié l’inaction du maire et du conseil dans le contexte des pannes de la semaine dernière. Dans nos pages d’Opinions, deux d’entre eux ont invité le maire à faire un examen de conscience. C’est une invitation pleine de sens. Et elle semble entendue par le maire Gauthier, qui retient déjà des leçons des événements des derniers jours. Il a mandaté son directeur général pour vérifier les coûts d’une génératrice et veut aussi s’assurer que le plan des mesures d’urgence soit mis en oeuvre adéquatement.

Il faudra aussi lui donner des petites leçons de communications et de relations avec les médias, mais ça, c’est une autre histoire.