Yves Lévesque

La santé d’Yves Lévesque

ÉDITORIAL / Tout le monde se demandait si quelqu’un allait oser s’aventurer sur ce terrain glissant. C’est maintenant chose faite! Peut-on mettre en doute le congé de maladie d’une personne pour se faire du capital politique? Dans la tête du chef du Bloc québécois, la réponse est malheureusement oui.

C’est lors d’une activité de financement de l’association locale qu’Yves-François Blanchet a franchi, cette semaine, cette ligne très mince qui sépare la vie privée et celle publique d’un politicien. «Il a plus de questions à répondre sur la chance qu’il a d’être malade au bon moment et de ne plus l’être quand ce n’est plus le temps...», a-t-il lancé en parlant du congé de maladie qui a finalement forcé Yves Lévesque à démissionner de son poste de maire de Trois-Rivières. Quelques heures plus tard, Blanchet en remettait sur les ondes du 106,9. Alors qu’on lui demandait s’il doutait qu’Yves Lévesque avait démissionné pour des raisons de santé, il a froidement répondu qu’il trouvait cela «dangereusement commode».

Yves-François Blanchet est un grand communicateur. Il est même en train de ressusciter le Bloc québécois. Mais cette fois, il faut admettre qu’il l’a échappé. Ce genre de commentaire est littéralement inacceptable à une époque où l’on tente d’enrayer tout sentiment de stigmatisation et de honte lié à l’épuisement professionnel et à la maladie mentale. Faut pas se surprendre, après ça, de voir de plus en plus de personnes refuser de faire le saut dans cette jungle impitoyable qu’est la politique.

Non seulement met-il en doute la parole d’un individu concernant son état de santé, il s’attaque également à la crédibilité d’un médecin et, surtout, à celle de la Commission municipale du Québec qui a évalué le dossier médical d’Yves Lévesque pour décider s’il avait droit à une allocation de départ évaluée à environ 250 000 $. Rappelons que le nouveau candidat conservateur pour Trois-Rivières a promis qu’il allait rembourser cette indemnité s’il était élu le 21 octobre prochain. Un engagement qui aurait dû clore le dossier une fois pour toutes.

Yves-François Blanchet a étayé son argumentaire en mentionnant qu’on n’avait jamais vraiment su quelle maladie avait eue Yves Lévesque et que celui-ci avait plutôt quitté la mairie de Trois-Rivières parce qu’il n’avait plus le contrôle sur le conseil municipal. Il a raison. Et après? On ne tombe quand même pas malade pour rien! Est-ce qu’on doit pour autant connaître tous les détails? Est-ce que c’est d’intérêt public? Pas nécessairement.

Yves Lévesque, qui n’a jamais caché qu’il allait un jour se lancer en politique fédérale, a semblé ébranlé par les attaques d’Yves-François Blanchet. Il trouve de «bas niveau» de voir ainsi un adversaire s’en prendre à sa vie privée et il n’a pas tort. Il a même proposé au chef du Bloc québécois de lui donner le numéro de téléphone de son médecin. Il n’a pas à faire cela. Ça va même un peu trop loin.

Yves Lévesque n’est pas parfait. Il a même fait d’énormes gaffes en tant que maire de Trois-Rivières. Et oui il s’était engagé à compléter son dernier mandat à la mairie. Mais est-il le premier maire à changer d’idée pour profiter d’une opportunité politique? Bien sûr que non! De toute façon, est-ce que tout cela justifie de mettre en doute les raisons qui l’ont forcé à prendre une pause? Encore une fois, la réponse est non. Si on peut lui reprocher une chose, c’est d’être revenu dans la mêlée au beau milieu de la campagne à sa succession. Il se serait sûrement épargné quelques suspicions s’il avait repris du service une fois le nouveau maire de Trois-Rivières élu.

N’en reste pas moins qu’il est à la fois périlleux et indécent de mettre ainsi en doute le congé de maladie qui a tenu Yves Lévesque à l’écart pendant plusieurs mois. Espérons que cela ne deviendra pas un élément central de la prochaine campagne électorale fédérale. Il y a sûrement d’autres sujets plus constructifs qui peuvent animer les débats. Ceux qui seraient tentés de faire du chemin sur cette controverse devraient peut-être y penser deux fois puisque ce genre d’attaque pourrait rapidement se retourner contre eux.