Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

La sagesse d’Albatros

ÉDITORIAL / La Maison Albatros n’est pas seulement en train d’aménager ses nouveaux locaux ces temps-ci. Elle réaménage aussi sa philosophie concernant les soins de fin de vie et plus particulièrement l’aide médicale à mourir. L’organisme, sans renier sa mission première et la philosophie à l’origine de son existence, veut maintenant permettre aux patients de recevoir l’aide médicale à mourir dans les murs de l’établissement. C’est une sage décision.

Présentement, les patients qui entrent en soins palliatifs à la Maison Albatros et qui demandent l’aide médicale à mourir doivent être transférés au centre hospitalier pour pouvoir la recevoir. Le personnel d’Albatros pourra, d’ici janvier prochain prévoit-on, accompagner le patient dans cette démarche.

C’est tout un changement. Le conseil d’administration s’est inspiré de ce qui se fait, depuis quelques années déjà, à la Maison René-Verrier de Drummondville. Cette maison de soins palliatifs a été une des premières à permettre à des patients admis de recevoir l’aide médicale à mourir.

À Trois-Rivières, la Maison Albatros était confrontée à cette situation et à cette nécessaire réflexion depuis 2016. Une personne ayant fait une demande d’aide médicale à mourir avait alors été transférée au centre hospitalier régional, parce qu’il n’était pas question, à ce moment-là, de fournir au patient hébergé chez Albatros depuis un certain temps l’aide médicale à mourir qu’il réclamait.

Essentiellement, la direction voulait respecter la mission et le mandat du centre de soins palliatifs. Dans une prudence compréhensible, on ne voulait surtout pas créer de confusion auprès des personnes susceptibles de faire le choix de finir leurs jours dans ce centre.

Mais cette prudence se heurtait à la nouvelle réalité de l’aide médicale à mourir, adoptée et implantée dans un grand respect au Québec. La réflexion s’est poursuivie dans des maisons de soins palliatifs et on a fini par se rendre compte que c’est l’intérêt du patient qui compte. Et que si ce patient réclame l’aide médicale à mourir, selon les règles et les limites associées à ce processus, cela fait partie de son «intérêt» de lui permettre de recevoir cette aide, peu importe le toit sous lequel il se trouve.

L’intérêt d’un patient en fin de vie, dans un contexte de demande d’aide médicale à mourir, n’était certainement pas de provoquer son transfert à l’hôpital pour ne pas créer de collision avec la philosophie ou à la mission des maisons de soins palliatifs. Celles-ci, avec la qualité des services et des ressources qu’on y trouve, constituent d’ailleurs des milieux idéaux pour que soit prodiguée l’aide médicale à mourir.

Les dirigeants d’Albatros ont établi qu’il allait être permis à un patient de recevoir sur place l’aide médicale à mourir à condition que celui-ci n’en ait pas fait la demande avant d’y entrer. C’est une limite tout à fait légitime et compréhensible.

À Trois-Rivières, la Maison Albatros devrait déménager dans ses nouveaux locaux – ceux de l’ancien pavillon abritant l’infirmerie des Filles de Jésus, non loin de la maison actuelle – au cours de l’été. On estime que les nouvelles chambres seront aménagées de façon plus adéquate pour qu’un patient puisse recevoir l’aide médicale à mourir. Les dirigeants veulent toutefois prendre le temps d’offrir au personnel et aux bénévoles toute la formation nécessaire pour intégrer correctement et dans le respect cette nouvelle possibilité.

La nouvelle Maison Albatros comptera une douzaine de chambres avec salles de bain individuelles et lit d’appoint pour les accompagnateurs des résidents. La réalisation du projet de déménagement et d’agrandissement nécessite un investissement totalisant 3 millions $, un montant essentiellement financé par des dons. Mais en cette période de pandémie, l’organisme se retrouve, comme plusieurs autres, confronté à des difficultés dans ses activités de financement.

Souhaitons qu’ils ne soient pas oubliés par la population ou par les gouvernements.