L'annonce par le président Donald Trump de l'interdiction faite aux personnes transgenres de servir dans l'armée américaine a pris de court le Pentagone.

La régression selon Trump

La plus récente décision de Donald Trump de bannir les personnes transgenres de l'armée américaine constitue un spectaculaire bond en arrière pour les États-Unis sur le plan des droits de la personne. Elle est surtout la preuve, si son application se concrétise, que rien n'est impossible pour le président et qu'il n'a aucun scrupule à pulvériser certaines des plus grandes avancées de ce pays sur le plan social.
Mercredi matin, Donald Trump a sorti ce nouveau lapin d'un chapeau qui ne cesse de nous surprendre. Et c'est évidemment par Twitter qu'il a rendu publique cette idée saugrenue qui ne constitue peut-être, en somme, qu'une nouvelle tentative de détourner l'attention de sa Maison-Blanche dysfonctionnelle.
«Après consultation de mes généraux et des experts militaires, soyez avisés que le gouvernement des États-Unis n'acceptera pas ou ne permettra pas aux personnes transgenres de servir dans aucune capacité dans l'armée américaine», a-t-il simplement tweeté. Ses motifs sont obscurs. Il évoque le «fardeau des coûts médicaux énormes» et les «perturbations que des personnes transgenres dans l'armée entraîneraient».
L'armée américaine compterait environ 2500 personnes transgenres dans ses rangs, sur un effectif total de 1,3 million de militaires. L'argument des coûts, avancé par Trump, ne tient tout simplement pas la route. Une étude de la Rand Corporation estime que le paiement de la chirurgie de transition et de l'hormonothérapie pour les changements de sexe entraînerait des coûts allant de 2,4 millions $ à 8,4 millions $ par année, sur un budget qui dépasse les 500 milliards $.
La mesure sent l'improvisation à plein nez. On n'a pour l'instant aucune idée de ce qu'il adviendra des militaires transgenres qui sont présentement déployés, notamment en Irak et en Afghanistan. Même le Pentagone ne savait pas trop comment réagir à cette lubie présidentielle.
La décision, que certains jugeaient prévisible compte tenu des récentes manoeuvres de marche arrière en ce qui a trait aux droits des personnes transgenres, notamment dans les écoles, semble découler directement des pressions exercées par des républicains chrétiens conservateurs qui veulent remettre en cause l'héritage de la précédente administration de Barack Obama en faveur des personnes transgenres.
L'administration Obama avait décidé l'année dernière que l'armée devrait commencer à accueillir des recrues transgenres au 1er juillet 2017. Le président démocrate avait aussi fait de l'identité de genre une catégorie protégée dans la politique d'égalité des chances du ministère de la Défense. L'administration a également mis fin à l'interdiction des recrues homosexuelles au sein de l'armée, a ouvert tous les rôles de combat aux femmes et a nommé le premier secrétaire de l'armée ouvertement homosexuel.
L'annulation de la décision d'accueillir des recrues transgenres constitue ni plus ni moins qu'une mesure discriminatoire. Tout Américain qualifié pour servir dans l'armée et ayant les capacités physiques pour le faire devrait pouvoir s'enrôler sans qu'on tienne compte de son identité de genre. Même des voix fortes du Parti républicain comme le sénateur John McCain, ont exprimé ce point de vue au cours des derniers jours.
L'intégration des personnes transgenres dans l'armée s'inscrivait, aux yeux de plusieurs, comme une mesure aussi progressiste que l'ont été par le passé l'intégration des personnes de couleur puis celle des femmes. 
Une succession de mesures marquant une régression sur le plan des droits de la personne et de l'égalité des chances viendrait confirmer que nos voisins du sud ne sont plus un modèle pour personne en cette matière.
Il sera intéressant de voir à quel moment la population et les élus américains se lèveront pour dire d'une même voix que cela suffit.