La région perd un grand homme

ÉDITORIAL / La Mauricie vient de perdre un grand ambassadeur. Même s’il n’y était pas né, Roger D. Landry a toujours été très attaché à la région et y aura même terminé sa carrière il n’y a même pas deux ans. À un âge où plusieurs veulent normalement profiter de leur retraite, il avait choisi de mettre son talent et son expérience au profit d’organisations trifluviennes. Son passage à l’hôtel de ville, principalement comme chef de cabinet de l’ex-maire Yves Lévesque, aura duré treize ans.

Après un parcours professionnel en relations publiques et en gestion, avec des organisations comme Bell Canada, la Sûreté du Québec, l’exposition universelle de 1967, les Expos de Montréal et le quotidien La Presse, Roger D. Landry est revenu dans ses terres, à Sainte-Geneviève-de-Batiscan. Et il n’a jamais été question de retraite.

En 2003, il amorçait un passage qui allait s’avérer houleux comme directeur général de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières. Puis, en 2005, il fait le saut à l’hôtel de ville comme conseiller aux relations publiques au cabinet du maire Yves Lévesque. Il a par la suite occupé le poste de directeur du cabinet du maire jusqu’en 2018. On ne se trompe pas trop si on dit qu’il aura été l’éminence grise d’Yves Lévesque.


« «L’influence de Roger D. Landry est considérable. Mais l’homme est toujours resté dans l’ombre. Sa vaste expérience et sa notoriété lui conféraient une sorte d’aura qui imposait le respect.» »
Martin Francoeur

L’influence de Roger D. Landry est considérable. Mais l’homme est toujours resté dans l’ombre. Sa vaste expérience et sa notoriété lui conféraient une sorte d’aura qui imposait le respect. Le carnet de contacts impressionnant qu’il avait pris soin de garnir tout au long de sa carrière était également un outil précieux dont il n’hésitait pas à faire profiter ceux avec qui il collaborait.

Au cours de son passage à l’hôtel de ville, Roger D. Landry a notamment dû apaiser certaines tensions entre le maire Lévesque et les conseillers qu’on appelait le «groupe des Sept». Il s’agissait des premiers véritables épisodes organisés d’opposition aux façons de faire d’Yves Lévesque. Des conseillers du groupe des Sept voyaient en «Monsieur D.» un homme capable de les écouter et capable de servir de tampon entre eux et le maire. Au cours de ses treize années passées à l’hôtel de ville, il aura eu à faire beaucoup de «relations diplomatiques» à l’interne.

Il aura surtout été un des rares à pouvoir exercer sur Yves Lévesque une réelle influence dans certaines situations. Si l’ex-maire était bouillant, émotif et spontané, Roger D. Landry était plus posé, plus rationnel et plus diplomate. Les deux hommes, quoique très différents, se complétaient bien.

Si Roger D. Landry avait une influence sur Yves Lévesque, l’inverse était aussi vrai. Le chef de cabinet appréciait la volonté de son patron de ne pas «s’enfarger dans les fleurs du tapis» et de faciliter la gestion de la Ville et le développement de projets. Il vouait une grande admiration aux fonctionnaires municipaux et aux idées que ceux-ci mettaient de l’avant pour simplifier leur travail ou le rendre plus efficace.

Même qu’à un moment donné, il a lancé l’idée de vouloir réduire le nombre d’assemblées publiques du conseil et de confier un rôle plus large au comité exécutif de la Ville. Cela s’inscrivait parfaitement dans sa philosophie – que certains lui reprochaient – selon laquelle moins le public en sait, mieux c’est.

Cette philosophie, on s’en doute, avait aussi des répercussions dans les liens entre l’hôtel de ville et les journalistes. Et pour certains, la chose était surprenante puisqu’il a été éditeur de La Presse pendant vingt ans et qu’il connaissait bien le travail et les besoins des journalistes.

Quoi qu’il en soit, Roger D. Landry aura été un homme de commerce agréable. Il avait toujours une anecdote à raconter et parce que son parcours était impressionnant et qu’il a côtoyé des personnalités bien en vue dans plusieurs sphères d’activités, jamais ces anecdotes n’étaient ennuyantes ou répétitives.

L’homme n’aura jamais vraiment pris de retraite et est toujours demeuré vif d’esprit, actif et toujours à l’affût de l’actualité. Il était un modèle de discrétion et aura exercé une grande influence... souvent dans l’ombre.