Julie Boulet en compagnie de Jean-Denis Girard et Marc H. Plante.

La région n'a pas aboyé assez fort

On y était presque. Une étape de plus et la carte électorale de la Mauricie, même amputée d'une circonscription, aurait pu finir par être acceptable.
Il y a bien eu quelques absurdités qui ont été corrigées, mais dans l'ensemble, le raz-de-marée médiatique entourant la disparition de Sainte-Marie-Saint-Jacques a été suffisamment fort pour bâcler le travail ici, en Mauricie.
Peut-être que la région ne s'est pas indignée assez fort. Peut-être qu'il nous aurait fallu un député de Québec solidaire pour faire pitié et pour attirer l'attention des médias. Peut-être qu'il aurait fallu être à Montréal.
On savait depuis longtemps - et on l'avait presque accepté sans rechigner - que la région allait perdre une circonscription sur la carte électorale provinciale. La population chez nous est en décroissance, alors qu'elle augmente de façon vertigineuse dans certaines régions comme la couronne nord de Montréal. Et comme on n'augmente pas le nombre de circonscriptions, il faut bien jouer des ciseaux dans la carte, à condition de recoller le même nombre de morceaux au bout du compte.
On a donc une région à quatre circonscriptions. La Commission de la représentation électorale a reculé sur certaines propositions saugrenues, mais a présenté un rapport final qui scinde le territoire de la MRC de Mékinac et celui de la MRC des Chenaux.
Le scénario retenu, s'il respecte les critères de population et d'écart acceptable par rapport à la moyenne d'électeurs par circonscription, est loin de respecter le critère aussi fondamental du respect des communautés naturelles.
Il ne manquait pas grand-chose. Il suffisait de ne pas rattacher Notre-Dame-du-Mont-Carmel à la nouvelle circonscription de Laviolette-Saint-Maurice. Il fallait plutôt l'envoyer dans Champlain. Inversement, on aurait pu laisser les municipalités de Saint-Tite, Sainte-Thècle, Saint-Séverin, Hérouxville, Saint-Adelphe, Notre-Dame-de-Montauban et Lac-aux-Sables dans Laviolette-Saint-Maurice plutôt que de les envoyer dans Champlain.
Cela aurait certes donné une circonscription de Laviolette-Saint-Maurice non seulement avec un territoire immense, mais avec une population électorale largement supérieure à la moyenne provinciale de 48 900 électeurs par circonscription. Bien sûr, on aurait frôlé le 25 % d'écart supérieur permis par la loi, mais ce n'est pas dans cette circonscription que les prévisions démographiques sont les plus favorables. Et puis la ministre Julie Boulet elle-même en avait fait la suggestion dans un cri du coeur pour préserver l'intégrité des territoires de MRC. 
La Commission de la représentation électorale n'a rien entendu de cela. Mais elle a tout entendu provenant du centre-sud de Montréal. 
C'est triste, au fond. Parce que ça témoigne d'une mauvaise connaissance de la dynamique des MRC de la région et parce que ça envoie le message que les régions ne sont pas entendues comme peuvent parfois l'être la métropole ou la capitale. C'est une impression tenace.
Visiblement, c'est l'obsession des chiffres qui a guidé le processus de révision de la carte électorale qui vient de se terminer par le dépôt du rapport final. S'il y a une leçon que le DGE et que sa Commission de la représentation électorale doivent retenir de tout ça, c'est qu'il importe de tenir compte, dans une même mesure, des communautés naturelles et des instances territoriales existantes. 
Surtout quand une région voit son poids politique amoindri parce que son territoire est dépouillé d'une circonscription.