Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, préfère voire la crise actuelle comme un grand défi pour lequel il s’est déjà retroussé les manches.
Le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, préfère voire la crise actuelle comme un grand défi pour lequel il s’est déjà retroussé les manches.

La région amochée mais pas knock-out

ÉDITORIAL / Il y a certainement bien des drames et bien des incertitudes derrière les chiffres des plus récentes données sur l’emploi. La région, comme le Québec dans son ensemble, subit les violents contrecoups de la crise économique liée à la pandémie de COVID-19. Mais tout ne semble pas noir si on se fie aux statistiques dévoilées vendredi. Et si on se fie aussi à l’optimisme du ministre responsable de la Mauricie, Jean Boulet.

«C’est une situation temporaire», s’empresse de commenter le ministre Boulet en entrevue éditoriale au Nouvelliste. Nullement surpris des effets de la crise actuelle sur la situation de l’emploi, il préfère y voir un grand défi pour lequel il s’est déjà retroussé les manches. Les mesures qu’il a annoncées et que son ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale coordonne semblent déjà porter fruit.

C’est vrai qu’il y avait un sacré bail qu’on n’avait pas vu un taux de chômage frôler les 10 % en Mauricie (9,7 %) ou dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Trois-Rivières (9,8 %). En avril, ce taux de 9,8 % marque une hausse de 3,5 points par rapport au mois de mars et de 5,1 points par rapport à février, alors que personne ne se doutait de ce qui s’en venait.

Même s’il aurait pu être plus élevé, n’eût été une baisse significative (2,2 %) de la population active, le taux de chômage à Trois-Rivières est inférieur à celui du Québec (17 %), du Canada (13 %), de l’Ontario (11,3 %) ou de l’Alberta (13,4 %).

Il est vrai que la situation est exceptionnelle. En avril, il s’est perdu deux millions d’emplois au Canada, dont un peu plus du quart (556 000) au Québec.

Le ministre Jean Boulet, devant la hausse vertigineuse du taux de chômage, préfère se ranger dans le camp des optimistes. La «mise en pause» de l’économie a entraîné de nombreuses mises à pied mais des mises à pied ne sont pas des licenciements, remarque-t-il. Le caractère temporaire de ces pertes d’emploi se confirme dans certains indicateurs selon lesquels plus de 90 % des travailleurs mis à pied croient eux-mêmes qu’ils vont réintégrer leur poste une fois la crise passée. C’est plutôt bon signe.

Le problème, c’est que tout ce beau monde qui est en pause ne peut pas consommer comme il le ferait en temps normal. D’abord parce que les revenus sont moindres et ensuite parce que plusieurs pans des activités de consommation sont paralysés. Même le commerce de détail, avec ses règles contraignantes et ses restrictions, n’est plus attirant pour le consommateur. Du côté des entreprises, cela provoque une crise de liquidités qui les entraîne dans la précarité.

Cette fragilité financière, jumelée à la prudence des consommateurs qui réduisent leurs dépenses, pourrait normalement constituer une menace pour la reprise économique tant attendue.

Heureusement, les grandes institutions financières semblent toujours croire en un rebond, peut-être au cours de l’automne, de l’économie. Il y a quelques semaines, Desjardins estimait que l’économie allait s’affaisser de 22 % entre avril et juin, mais qu’elle allait par la suite rebondir de 18 % cet été et de 7,5 % à l’automne. La Banque Nationale prévoyait de son côté une chute de 31 % au deuxième trimestre et un bond spectaculaire de 40 % cet été et de 7,9 % au dernier trimestre.

Sur le plan régional, le ministre Boulet estime que la région dispose de plusieurs atouts pour se relever de cette crise et ainsi rendre concrètes les prévisions des économistes. Il y a, rappelle-t-il des secteurs de l’économie qui ont continué à fonctionner et même à croître au cours des dernières semaines. Dans plusieurs entreprises, les outils déployés, tant par Québec que par Ottawa, ont permis de limiter les dégâts. Il se réjouit aussi que des actions concertées voient le jour dans les milieux socio-économiques. Jean Boulet les assure de sa collaboration et de son accompagnement.

Le ministre régional travaille fort par les temps qui courent. Et malgré l’ampleur des dossiers «nationaux» qu’il doit gérer, sa sensibilité régionale semble non seulement intacte. Elle est peut-être encore plus aiguë. Et ça aussi c’est une bonne nouvelle.