Le conseil des Atikamekw prend la peine de préciser qu’aucun consentement n’a été donné jusqu’à maintenant face au projet de gazoduc. Ci-dessus, le grand chef de la nation atikamekw Constant Awashish.

La réflexion des Atikamekw

ÉDITORIAL / Il y a certainement une sagesse inspirante dans le temps et le sérieux que mettent les communautés des Premières Nations à se prononcer sur le projet de construction d’un gazoduc de GNL Québec qui traverserait ou passerait à proximité de leur territoire. Avant de se positionner, les élus autochtones disent vouloir tenir compte des impacts environnementaux, sociaux, territoriaux et économiques du projet gazier, qui doivent encore être analysés et évalués.

Au moment où le premier ministre François Legault prévient que pour aller de l’avant, le projet de GNL Québec devra obtenir l’aval de la communauté, particulièrement celui des communautés autochtones, le conseil des Atikamekw de Wemotaci prend la peine de préciser qu’aucun consentement n’a été donné jusqu’à maintenant face au projet de gazoduc.

C’est signe qu’il y a des préoccupations suffisamment sérieuses pour qu’on veuille ainsi remettre les pendules à l’heure.

Dans le dossier de GNL Québec, les communautés autochtones touchées se sont regroupées pour pouvoir échanger et prendre des positions plus éclairées à l’égard du projet de gazoduc. Cette conduite souterraine projetée de 750 kilomètres permettrait d’acheminer le gaz naturel provenant de l’Ouest canadien à partir du nord-est de l’Ontario jusqu’à une usine de liquéfaction à Saguenay. Le gaz naturel ainsi liquéfié serait par la suite exporté vers d’autres pays.

En Mauricie, le trajet préliminaire du gazoduc passerait juste au sud du réservoir Gouin et au nord de la communauté atikamekw de Wemotaci. Il traverserait plusieurs cours d’eau, dont les rivières Saint-Maurice et Windigo.

GNL Québec se fait une fierté d’indiquer que des groupes autochtones et d’autres intervenants ont été rencontrés dès la phase de planification du projet et que ces échanges ont permis de déterminer certains paramètres du corridor à l’étude et de la démarche d’implantation du gazoduc. Les éventuelles ententes avec ces groupes seront faites, assure-t-on, «selon les plus hautes valeurs éthiques et dans le strict respect des lois, des règlements, des décrets et des traités en vigueur».

La prudence des communautés des Premières Nations touchées par le projet n’est certainement pas étrangère à ce qui alimente l’actualité depuis quelques semaines. Le projet de Coastal GasLink, bien qu’appuyé par certaines communautés autochtones de Colombie-Britannique, soulève beaucoup d’inquiétude et d’opposition.

Le gouvernement Legault, qui s’est toujours montré ouvert face à ce projet de 14 milliards $, semble maintenant lui aussi jouer la carte de la prudence. Mardi, il a rappelé que la compagnie doit d’abord boucler son financement avant d’évoquer l’utilité de ce projet comme vecteur d’une énergie «de transition» pour certains pays. Enfin, il a insisté sur la nécessité, pour le projet, d’obtenir l’aval des communautés.

Le problème, c’est que jusqu’à maintenant on n’a toujours pas d’idée de la façon dont sera mesurée cette acceptabilité sociale. Des groupes se sont formés aussi bien pour appuyer le projet que pour le contester. Il faudra que le gouvernement Legault, avant d’accorder les autorisations environnementales, mesure sérieusement le degré d’acceptabilité. Et si possible autrement qu’en regardant les commentaires sur la page Facebook du premier ministre.

Il devient de plus en plus difficile de justifier un tel projet dans un contexte où les changements climatiques exigent une réponse urgente de la part des décideurs politiques et des acteurs économiques. Tout nouveau projet d’infrastructures dont l’objectif est de faciliter le transport, la production et la consommation de combustibles fossiles doit être examiné avec la plus grande précaution, comme l’ont rappelé l’automne dernier une quarantaine d’économistes québécois dans une lettre critiquant le projet de GNL Québec.

Ça commence à faire plusieurs voix qui s’élèvent contre ce projet. Dans un tel contexte, il faut saluer les réflexions qui se prolongent et qui s’approfondissent.