Martin Francoeur
Le Musée des beaux-malaises.
Le Musée des beaux-malaises.

La rébellion pour un simple masque?

ÉDITORIAL / Sommes-nous vraiment rendus là? Se trouve-t-il réellement des personnes qui contestent l’obligation de porter le masque dans les lieux fermés au nom de leur liberté personnelle ou en se basant sur quelques témoignages qui vont à l’encontre des recommandations des experts en santé publique? Oui, si on en croit les protestations observées principalement sur les réseaux sociaux au cours des derniers jours. Mais les opposants au port du masque devront s’y faire: la nouvelle «norme sociale» est en vigueur et sa contestation semble vouée à l’échec.

Des personnes alléguant une atteinte à leurs droits et libertés ont été étonnées de constater, plus tôt cette semaine, que le Protecteur du citoyen du Québec avait publié un avis selon lequel la décision d’imposer le port du masque dans les lieux publics était «raisonnable en contexte de pandémie de la COVID-19». Le Protecteur du citoyen, qui a pour mandat d’assurer le respect des droits des citoyens dans leurs relations avec les services publics, a pris cette initiative à la suite de plusieurs appels de personnes voulant se plaindre de cette nouvelle directive.

Mais alors, vers qui les opposants pouvaient-ils se tourner alors pour se plaindre de la décision du gouvernement?

Vers les réseaux sociaux ou vers les tribunaux, vraisemblablement.

Sur les réseaux sociaux, on a vu apparaître une déferlante de commentaires désobligeants de citoyens qui refusent qu’on leur impose le port du masque ou qui veulent la contester par le biais des voies officielles.

Mais d’autres organismes ont voulu, comme le Protecteur du citoyen, envoyer un message clair. Un message selon lequel les contestations pourraient n’être, somme toute, que des coups d’épée dans l’eau. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, notamment, dit avoir été interpellée au sujet de la possibilité de porter plainte chez elle pour contester cette obligation. Dans un communiqué émis vendredi, la Commission précise que «l’obligation du port du masque pourrait entre autres être justifiée pour des raisons de sécurité, de santé publique ou pour protéger les droits d’autrui».

Invoquer la protection des chartes n’est donc peut-être pas une véritable option. Les pouvoirs de l’exécutif, en situation d’urgence sanitaire, permettent de restreindre certains droits et certaines libertés normalement protégés par les chartes. De telles restrictions doivent reposer sur une justification, celle des «intérêts supérieurs» ou des «limites raisonnables». C’est le cas pour une obligation de porter le masque. La santé de la population en général prévaut sur les droits individuels. Il suffit, pour le gouvernement, de démontrer l’importance de l’objectif poursuivi et la proportionnalité des mesures visant l’atteinte de celui-ci.

Certains déplorent le fait que la mesure semble improvisée, qu’elle va à l’encontre de prises de position précédentes quant au port du masque. Les positions ont été révisées grâce à l’évolution des connaissances scientifiques sur la COVID-19. Le 10 juin, un avis de l’OMS recommandait aux gouvernements d’inciter le grand public à porter un masque lorsque la transmission est «généralisée» et que la distanciation physique est «difficile». C’est le cas des transports en commun et des lieux fermés.

Une telle recommandation repose sur la science. Sur la démonstration, publiée dans la revue médicale The Lancet, que le port du masque réduit la probabilité d’être contaminé par le coronavirus de 85 % en cas de rencontre avec une personne infectée. La même revue publiait les résultats d’une méta-analyse de 172 études observationnelles menées dans 16 pays et sur six continents, qui démontre que le taux de contamination des personnes en bonne santé côtoyant un individu infecté passe de 17,4 % à 3,1 % si elles se protègent le visage.

Imposer le port du masque dans les lieux publics n’est pas une forme de répression pour imposer une idéologie. C’est une décision basée sur les connaissances scientifiques. L’accepter comme telle, c’est faire preuve de civisme et de gros bon sens.