Martin Francoeur

La raison d’être du Musée POP

ÉDITORIAL / C’est un dénouement heureux qui survient dans la saga qui a opposé pendant près de deux décennies l’Université du Québec à Trois-Rivières et le Musée québécois de culture populaire, devenu depuis le Musée POP. Ce dernier devient enfin propriétaire de l’impressionnante collection Robert-Lionel Séguin, qui a servi de fer de lance à la création du musée il y a presque un quart de siècle.

On a peut-être tendance à l’oublier, mais c’est avant tout pour mettre en valeur la collection Robert-Lionel Séguin que le musée a vu le jour. Puisque l’idée de subventionner un musée à l’intérieur d’une université n’était pas très bien vue, le recteur Jacques Parent eut l’idée, au début des années 80, de mettre sur pied une corporation privée qui allait prendre en main le projet du musée.

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La corporation est née en 1985 et l’idée de musée a été présentée officiellement quatre ans plus tard au Sommet économique de la région 04, présidée par la ministre des Affaires culturelles de l’époque, Lise Bacon. Bien que députée d’une circonscription à Laval, Mme Bacon a grandi à Trois-Rivières et y a fait ses premiers pas en politique, notamment avec l’Association des femmes libérales.

Lise Bacon a toujours eu un attachement à la région et parce qu’elle voyait que ce projet de musée mobilisait plusieurs organismes et institutions de la région, elle n’hésita pas à l’appuyer. Il faut se rappeler que l’ancien recteur Gilles Boulet et son équipe poussaient fort pour que le projet reçoive cet appui gouvernemental – pas évident à obtenir pour un musée dit national qui serait installé «en région» – et pour que le projet voie le jour.

Petit à petit, on a donc élaboré ce qui devait servir de «maison» pour la collection Robert-Lionel Séguin. Mais depuis l’ouverture du Musée, même s’il y a eu quelques expositions qui mettaient en valeur des objets de cette collection, celle-ci était demeurée la propriété de l’UQTR. C’est d’ailleurs l’Université qui, entre 1983 et 2015, versait à la veuve de Robert-Lionel Séguin, Huguette Servant, une rente de 65 000 $ par année. Une entente marquée par une clause de confidentialité est intervenue entre l’institution et Mme Servant pour mettre fin à cette entente.

Les dernières années n’ont pas été de tout repos avant d’en arriver à cette solution qui semblait la plus naturelle. La collection avait beau appartenir à l’UQTR depuis 1983 mais en 1991, le Musée québécois de culture populaire a obtenu le mandat de sa gestion, sa conservation et sa mise en valeur.

Ce mandat n’était pas sans coûts, on s’en doute bien. Ça représentait alors environ 140 000 $ par année pour le Musée, qui a fini par réclamer une compensation financière de l’Université, ce qui lui était toujours refusé. Les cinq dernières années ont été riches en rebondissements. En 2015, l’UQTR en était même venue à proposer la cession de la collection au Musée pour la somme symbolique de 1 $. Le Musée a refusé et sommait même l’Université de reprendre sa collection.

Mais tout ce beau monde a fini par trouver un terrain d’entente et on ne peut, évidemment, que s’en réjouir. La collection se retrouve là où elle doit être, entre les mains d’experts, avec une réserve appropriée – la Commission scolaire du Chemin-du-Roy mérite un coup de chapeau dans ce dossier – et une volonté de la conserver et de la mettre en valeur adéquatement.

Le seul hic, c’est que la collection Robert-Lionel Séguin ne sert plus à grand-chose au Musée POP. Les expositions qui ont fait le succès de cette institution au cours des dernières années sont loin d’être celles qui mettaient en vedette des objets tirés de cet inventaire. On aime mieux La P’tite vie ou Passe-Partout que les objets anciens, même si ceux-ci nous en apprennent souvent beaucoup plus sur qui nous sommes et d’où on vient. Mais au moins, la collection est entre bonnes mains.

Tiens, le prochain défi à saveur patrimoniale ne pourrait-il pas être celui de restaurer, déplacer et mettre en valeur le moulin à vent de Trois-Rivières, qui aura 240 ans en 2021 et qui est hébergé sur le terrain de l’UQTR depuis 1975?

Ça devait être temporaire...