Le chef du Parti libéral, Philippe Couillard.

La question de l’immigration

À l’heure où bon nombre d’entreprises québécoises ont de criants besoins de main-d’œuvre, le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, a évoqué lundi une probable augmentation du nombre d’immigrants. Il estime que la question de l’accueil de nouveaux immigrants s’imposera comme étant la question principale et décisive que les électeurs devront se poser en votant le 1er octobre prochain.

Voilà une curieuse idée que celle de consacrer la question de la main-d’œuvre étrangère comme étant la question de l’urne, la fameuse ballot question associée à la présente élection. Pour Philippe Couillard, l’électeur doit se demander si, compte tenu du problème de pénurie de main-d’œuvre que l’on connaît, il est approprié de proposer de réduire le nombre de travailleurs qui viennent de l’étranger.

Il faut rappeler que le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, avait proposé la semaine dernière de réduire de 20 % les seuils d’immigration, limitant à environ 40 000 le nombre d’immigrants que le Québec pourrait accueillir chaque année.

Il appartiendra certainement aux électeurs de déterminer si cette question est un enjeu majeur. Mais sur le fond, le chef libéral a raison de vouloir augmenter le nombre de travailleurs issus de l’immigration. Surtout dans le contexte actuel.

Les difficultés de recrutement constituent selon le premier ministre un enjeu de «survie économique pour le Québec». Et ces difficultés peuvent être comblées notamment grâce à l’immigration.

La région ne fait pas exception à cette réalité. Mais elle n’a pas la capacité d’attraction des grands centres. Les entrepreneurs d’ici font souvent des pieds et des mains pour recruter de la main-d’œuvre, parfois en se tournant vers l’étranger. Lorsqu’ils parviennent à attirer au sein de leur entreprise des travailleurs issus de l’immigration, le défi devient alors celui de la rétention.

La forte reprise économique qui anime la Mauricie s’arrime mal avec les phénomènes démographiques qui caractérisent la région: vieillissement de la population, exode des jeunes, faible taux de natalité, accroissement naturel négatif, nombreux départs à la retraite. L’immigration est alors essentielle pour combler les besoins de main-d’œuvre.

L’autre problème, c’est que la Mauricie, n’attire même pas 1 % du nombre total d’immigrants internationaux qui débarquent au Québec. Malgré le fait que sa population corresponde à environ 3,2 % de celle du Québec, le nombre d’immigrants internationaux, lui, ne correspond qu’à 0,8 % du total québécois.

En 2016-2017, la Mauricie n’a accueilli que 418 personnes issues de l’immigration internationale. Le solde migratoire international, pour la région, est positif (+ 338) mais le solde migratoire interprovincial, lui, est négatif (- 82). Il n’est pas étonnant que cela crée des problèmes de main-d’œuvre au bout du compte.

La semaine dernière, lors de son passage dans la région, François Legault disait que l’immigration n’est pas nécessairement la solution aux problèmes de main-d’œuvre auxquels la région fait face. L’idée, selon lui, serait d’avoir en Mauricie des emplois plus payants. Même si c’est un objectif louable, ça ne se fait malheureusement pas en criant ciseau.

L’autre belle affaire, c’est que Philippe Couillard a promis 2 millions $ de plus par année pour brosser un portrait des besoins de main-d’œuvre afin de faciliter la sélection des immigrants économiques. En juin dernier, les libéraux avaient déjà annoncé 10 millions $ par année pour les services de francisation et 15 millions $ aux MRC dans le but de favoriser la rétention des travailleurs étrangers dans les régions.

On peut tout de même rappeler au premier ministre que les CLD faisaient déjà une partie de ce travail. Et les directions régionales du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion étaient fort utiles à ce chapitre également.

L’un et l’autre sont disparus sous son gouvernement.