La poubelle était de mise

ÉDITORIAL / Il aura fallu que l’histoire sorte dans les médias et que le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux s’en mêle pour que le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec décide d’abandonner le questionnaire sur les pratiques sexuelles des parents qui souhaitent adopter un enfant. C’est une bonne nouvelle. Mais ça soulève aussi une question préoccupante: comment se fait-il que personne, avant jeudi dernier, n’ait eu de doute sur l’énormité de la chose et sur l’inacceptable indiscrétion des questions?

Le CIUSSS a eu beau tenter de justifier la pertinence de ce questionnaire en insistant sur le fait qu’il s’agit d’un bloc de questions faisant partie d’un test plus large qui permet d’évaluer psychologiquement les postulants à l’adoption, cela n’avait tout simplement aucun sens. On était ici dans l’indiscrétion pure, dans le profilage sexuel et dans la violation du droit à la vie privée.

Il peut être utile, ici, de rappeler que ce n’est pas parce que le questionnaire a été élaboré par un chercheur de l’UQTR qu’il est nécessairement extraordinaire. L’histoire récente, avec cette chargée de cours qui affirmait que la terre était plate ou ce professeur qui relayait des propos anti-vaccination, nous démontre qu’il ne faut pas toujours tenir pour acquis que les universitaires sont toujours des références à suivre aveuglément.

On peut comprendre la volonté derrière la démarche malhabile du CIUSSS. Il est essentiel d’avoir un profil psychologique des parents qui souhaitent adopter par le biais de la banque mixte et de s’assurer que les enfants qui seront confiés à ces demandeurs seront en sécurité. Mais les moyens pour y arriver étaient hautement discutables, pour ne pas dire inacceptables.

Les questions, doit-on le rappeler, portaient sur certaines habitudes sexuelles, mais également sur les habitudes de masturbation, la pénétration, la lubrification vaginale, et la capacité des partenaires d’atteindre l’orgasme par différents moyens, pour ne nommer que celles-là. C’est une démarche démesurément intrusive et offensante pour les parents qui, bien souvent, ont traversé de dures épreuves avant de se décider à adopter et en traversent bien d’autres tout au long du processus dont ils ne connaissent même pas l’issue. Vulnérables, plusieurs d’entre eux répondaient à l’inquisition non sans un certain malaise.

Le pire, c’est qu’au CIUSSS on semblait accorder beaucoup de crédibilité à ce questionnaire alors que n’importe qui pouvait répondre à peu près n’importe quoi. Était-il vraiment nécessaire de poser des questions pour lesquelles il était impossible de valider les réponses?

Le CIUSSS a pris la bonne décision en mettant ce questionnaire à la poubelle. Mais il doit aller plus loin et mettre aussi à la déchiqueteuse les résultats des postulants ayant déjà passé le test.

Il en va de la crédibilité du processus d’adoption dans son ensemble.