Dimanche soir, à l'Amphithéâtre Cogeco, Fabiola Toupin a chanté L'âme à la tendresse, de Pauline Julien.

La plus belle inondation

Dimanche soir, à l'Amphithéâtre Cogeco, Fabiola Toupin a chanté L'âme à la tendresse, de Pauline Julien. Mais les quelque 5000 spectateurs présents pour le spectacle-bénéfice pour les victimes des inondations du printemps avaient l'âme à la générosité, à la solidarité, à l'émerveillement. À la tendresse, eux aussi. Et à la fête, également.
Oui, c'était une fête. Une fête pour célébrer la résilience, le courage et la force des victimes des inondations. Une fête aussi pour dire à ces personnes que toute la population est derrière elles. Ou, mieux, à ses côtés.
Les animateurs qui se sont succédé sur la scène lors du spectacle Inondés d'amour ont d'ailleurs tous salué le courage de ces citoyens d'une dizaine de régions du Québec qui ont été durement touchés par les inondations des deux derniers mois. Bon nombre de personnes ont voulu aider, de quelque façon que ce soit, les victimes. Plusieurs l'ont fait sur le terrain, d'autres en faisant des dons. La solidarité des Québécois, toujours aussi vive, a naturellement émergé de ces niveaux d'eau dont les images nous frappent encore.
Puis il y a eu cette idée. La bonne idée qu'il fallait avoir dans les circonstances. Mettre en place un spectacle pour permettre à la Croix-Rouge d'amasser des fonds pour aider encore davantage les victimes. Jean-François Blais, lui-même sinistré à Yamachiche, et sa conjointe Isabelle Viviers, ont rapidement été entourés d'une équipe de collaborateurs pour que ce spectacle puisse voir le jour. 
En arriver à un tel résultat, en moins de trois semaines, ça relève du tour de force, sinon du petit miracle.
On ne fera pas ici la critique de ce spectacle, qui serait de toute façon positive à tous les égards.
On ne lancera pas de débat non plus sur le montant amassé grâce à cet événement. Quatre-vingt-sept mille cinq cents dollars, c'est très bien. Ça démontre que les coûts reliés à la présentation de ce spectacle ont été réduits au minimum. 
On peut penser, à la rapidité avec laquelle se sont envolées les 3500 places assises, que le prix des billets aurait pu être plus élevé, mais cela aurait certainement enlevé le caractère populaire et accessible de cette soirée unique. Il se trouvait dans la foule de dimanche soir bien des personnes qui n'ont pas les moyens d'assister aux autres spectacles présentés à l'Amphithéâtre Cogeco.
Bref, au-delà du montant amassé, c'est le geste qui comptait. Le geste de ces spectateurs qui se sont rués sur les billets pour soit témoigner de leur solidarité, soit assister à un spectacle pour lequel le line-up d'artistes était franchement impressionnant. Et le geste, aussi, de ces artistes qui ont spontanément répondu à l'appel ou qui ont, dans certains cas, offert d'y participer.
Avantageusement situé entre Montréal et Québec, l'Amphithéâtre Cogeco s'est révélé comme un lieu idéal pour une telle manifestation spontanée. Les trous dans la programmation ont permis la présentation de cet événement qui, autrement, aurait été produit quelque part à Montréal.
Et c'est là un avantage collatéral d'avoir saisi l'occasion de présenter un tel spectacle-bénéfice à Trois-Rivières: beaucoup d'artistes, parmi la trentaine qui prenaient part au spectacle, ont pu découvrir l'Amphithéâtre et ont été séduits, impressionnés ou carrément estomaqués par la qualité de cette infrastructure et son emplacement unique. Il y a fort à parier qu'ils n'hésiteront pas à en parler autour d'eux. Un bon coup, assurément pour l'Amphithéâtre.
Enfin, il faut saluer le fait de ne pas avoir succombé à la récupération politique. Le maire Yves Lévesque y est allé d'une sobre allocution, tout à fait appropriée, en début de soirée. Pas de place pour les politiciens au cours du spectacle et c'était tant mieux. On a préféré saluer les victimes, les soldats, les bénévoles et même, à sa grande surprise, le directeur régional de la Sécurité civile, Sébastien Doire.
La plus belle inondation, finalement, ç'aura été cette inondation d'amour, un chaud soir de juin.