Le Trou du diable

La petite politique des microbrasseurs

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Shawinigan est victime de la petite politique qui se joue au sein de l’Association des microbrasseries du Québec. Par un raisonnement aussi émotif que tordu, l’organisme a décidé de ne pas organiser son congrès annuel de 2018 à Shawinigan comme il envisageait de le faire. En voulant éviter une réaction négative chez les membres qui digèrent encore mal la transaction par laquelle Molson Coors a mis la main sur Le Trou du diable, on nage dans les enfantillages.

Le plus récent congrès de l’Association des microbrasseries se déroulait à Québec, il y a deux semaines à peine. Comme on s’en doute, la transaction par laquelle le fleuron shawiniganais est passé dans le giron du géant Molson Coors était au cœur des discussions de corridors.

Les propos de la directrice générale de l’Association des microbrasseries du Québec, Marie-Ève Myrand, laissent perplexe. Dans une entrevue accordée au Nouvelliste, elle indiquait que le rôle de l’association était «d’amener les gens au-delà de l’effet très émotif d’une transaction qui, pour plusieurs, a été vécue comme une trahison». 

On peut comprendre que les microbrasseries qui voyaient dans Le Trou du diable un modèle de réussite, de rayonnement et de performance ont pu grincer des dents en observant l’acquisition par Molson Coors. Mais est-ce à ce point irritant pour annuler un congrès qui devait avoir lieu à Shawinigan? 

La directrice de l’AMBQ dit que «ça n’aurait pas été opportun de faire cette annonce» et que «ça aurait envoyé un message un peu particulier». Il faut lui mentionner que le fait de renoncer à présenter un congrès à Shawinigan, même si tout n’était pas encore complètement signé, envoie aussi un message un peu particulier. Un message selon lequel une association crédible ne sait pas faire la différence entre un de ses anciens membres et une ville, une région, un office de tourisme et de congrès.

Comble de la pauvreté d’esprit, on indique même que le fait de présenter le congrès à Shawinigan aurait envoyé le signal que l’Association allait encourager Molson, une rhétorique qui ne tient pas la route.

Pourquoi donc renoncer, sur le coup de l’émotivité, à la présentation – pour la première fois en neuf ans – d’un congrès à l’extérieur de Montréal ou de Québec? Shawinigan possède les infrastructures d’accueil pour accueillir ces quelque 600 ou 700 participants de partout à travers la province. On avait même mis une option sur la presque totalité des salles d’Espace Shawinigan, on avait approché les hôtels du coin.

Le problème, c’est qu’on a cru que le fait de maintenir le choix de Shawinigan aurait pu diviser les membres. Vraiment? On parle d’un événement qui aura lieu en novembre 2018. La transaction jugée maudite par plusieurs détracteurs sera, à ce moment, loin derrière.

On a surtout fait fi de la présence, en Mauricie, de plusieurs autres microbrasseries qui sont fièrement membres de l’AMBQ. On a agi en panique, comme si la détonation causée par la vente du Trou du diable rendait radioactif tout le territoire situé dans un rayon de 50 kilomètres.

La plupart des intervenants du tourisme et des événements à Shawinigan tentent de faire contre mauvaise fortune bon cœur, en disant espérer que ce n’est que partie remise. Souhaitons que les membres de l’AMBQ dont la susceptibilité est bien aiguisée puissent être sensibles au fait qu’il y a une vie après la transaction annoncée le 9 novembre dernier et qu’il y a une région autour du Trou du diable.