La maladresse qui n’en est pas une

ÉDITORIAL / On a beaucoup parlé, lundi, de cette publicité mise en ligne par le Parti libéral du Québec dans laquelle on pouvait entendre un extrait d’une entrevue donnée par Christine Beaulieu, l’auteure et comédienne principale de la pièce J’aime Hydro. La pub a été retirée à la demande de la compagnie de théâtre qui produit la pièce et de l’agente de la comédienne d’origine trifluvienne. Mais l’exercice aura partiellement réussi: on a beaucoup, beaucoup parlé de cette attaque en règle contre le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

Si on fait un bilan de cet épisode, parfait exemple d’une attaque préélectorale, on doit se rendre à l’évidence et dire qu’elle aura atteint la cible. L’accusation d’improvisation dirigée contre François Legault a eu droit à un retentissement médiatique beaucoup plus grand que celui auquel aurait eu droit un simple message partisan.

C’était une idée en apparence saugrenue que d’utiliser un extrait d’une entrevue donnée par Christine Beaulieu à une émission de télévision sans le consentement de la principale intéressée. L’entrevue traitait de la pièce «J’aime Hydro» et on y entend Christine Beaulieu critiquer les grandes visées hydroélectriques de François Legault. «Quelqu’un qui défend un projet en n’utilisant pas les bons chiffres, est-ce qu’il est complètement ignorant du dossier?», peut-on entendre. Même s’il est repiqué d’une entrevue, l’extrait aurait pu être tiré de la pièce, où la comédienne tient essentiellement le même propos.

La publicité dans son ensemble s’en prend aux idées de la CAQ et de l’apparente improvisation qui se dégage du discours de son chef. On pouvait lire ceci: «En novembre 2016, François Legault proposait une Baie-James du 21e siècle. Encore une fois, il s’agit d’une idée improvisée». Puis on diffusait l’extrait de Christine Beaulieu en même temps que l’affiche de la pièce J’aime Hydro apparaissait à l’écran.

Le message, largement diffusé sur les réseaux sociaux principalement, a évidemment fait bondir l’agente de la comédienne et la compagnie qui produit J’aime Hydro. En milieu de journée, la publicité était retirée, modifiée puis relancée.

Difficile de croire que les stratèges de communication du Parti libéral soient à ce point ignorants pour ne pas se douter que l’affaire allait susciter de telles réactions. Et c’est probablement ce qui était souhaité. En choisissant les médias sociaux pour diffuser une telle publicité plutôt que les grands canaux traditionnels, on voulait une action immédiate, avec une réaction forte. Il s’agissait avant tout d’une opération de relations publiques.

Le hic, c’est qu’en retirant la publicité, on a davantage parlé du contenant que du contenu. Mais toute la journée de lundi et encore aujourd’hui, on parle de cette affaire et on retient que François Legault ne paraît pas très bien. Le Parti libéral, qui traîne dans les sondages, a voulu forcer son principal adversaire à expliquer ses contradictions. Ou à tout le moins à les exposer au grand jour. On met de la pression.

En cela, l’opération est réussie.

L’autre problème qu’on peut y voir, c’est que les libéraux succombent à la tentation des attaques mesquines et tôt ou tard, ça risque de leur retomber sur le nez.

Finalement, c’est bien triste d’utiliser une œuvre non partisane pour une telle manœuvre, même si au final, ça donne à J’aime Hydro encore plus de visibilité et de crédibilité.