Il n'aura pas fallu attendre très longtemps avant d'assister à un premier scandale entourant la présidence de Donald Trump. L'apparition au cours de la fin de semaine de la notion de «faits alternatifs» vient démontrer à quel point la stratégie de communication du nouveau président et de son équipe est empoisonnée. On n'est pas loin de la dictature.

La machine à mensonges

Il n'aura pas fallu attendre très longtemps avant d'assister à un premier scandale entourant la présidence de Donald Trump. L'apparition au cours de la fin de semaine de la notion de «faits alternatifs» vient démontrer à quel point la stratégie de communication du nouveau président et de son équipe est empoisonnée. On n'est pas loin de la dictature.
Plus que jamais, la presse doit s'élever contre de telles agressions au droit du public à une information de qualité. Et la population doit réaliser que le contrôle absolu de l'information, la désinformation et le mensonge constituent des menaces sérieuses à l'équilibre démocratique.
Tout a commencé avec ce qui aurait dû être une banalité. Ou une évidence. Les médias américains et du monde entier rapportaient les estimations du nombre de personnes qui ont assisté aux cérémonies d'assermentation du président, vendredi.
Photos et images aériennes à l'appui, on voyait bien qu'il y avait beaucoup moins de monde que lors de l'assermentation de Barack Obama en 2009. Mais en fin de semaine, le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, est venu dire aux médias, le plus sérieusement du monde, qu'il s'agissait de «la plus grande foule jamais vue lors d'une investiture, point final». 
Point final? Un porte-parole de la Maison-Blanche qui termine une phrase aussi ridicule par «point final» et qui, de surcroît, accuse les journalistes de «minimiser» le succès populaire de la prestation de serment de son nouveau patron? On n'est pas loin des manoeuvres qui ont cours en Corée du Nord ou en Russie.
L'épisode a été repris par les médias. Et dans une entrevue surréaliste à NBC, lorsqu'on l'a interrogée sur les raisons pour lesquelles Donald Trump avait poussé son porte-parole à prononcer des mensonges sur la participation à l'investiture, la conseillère du président Trump, Kellyanne Conway, a répondu que Sean Spicer avait présenté des «faits alternatifs». L'utilisation de ce terme a provoqué un vif débat entre les deux principaux intéressés, avant d'enflammer les réseaux sociaux.
Les «faits alternatifs» évoqués par Mme Conway, ça n'existe pas. Ce sont des mensonges. 
Depuis qu'il s'est lancé dans la course à l'investiture républicaine, on devient presque habitués à cette mythomanie. Et à cette stratégie qui consiste à faire croire, à semer la confusion, à blâmer n'importe qui, à crier à la malhonnêteté, à jouer la victime pour tout et n'importe quoi, à prétendre que les déclarations malhabiles ou outrancières sont des blagues ou des malentendus. 
Le plus inquiétant, c'est qu'en agissant ainsi, Trump entraîne dans sa colère ou dans ses élans de dérision tous ceux qui ont voté pour lui et qui s'abreuvent de ses paroles anti-establishment. Ces crédules finiront par penser réellement que la vérité absolue sort exclusivement de la bouche de leur président et de ses porte-parole.
La culture du mensonge et de la désinformation est une des techniques d'aveuglement ou de lavage de cerveau des populations. Quand la presse libre ne peut plus faire son travail, que ce soit par des entraves répétées à son fonctionnement ou parce que les plus hautes instances démocratiques entretiennent le dénigrement à son égard, on se dirige tout droit vers un mur.
Faut-il désespérer? Probablement pas. La population n'est pas complètement dupe. Le phénomène peut s'inverser s'il y a récidive par-dessus récidive et que le ridicule se démontre par lui-même.
L'ère Trump sera manifestement celle de la vigilance et de la vérification factuelle.