La lumière au bout du tunnel

La nouvelle était attendue depuis longtemps à Shawinigan. Le gouvernement du Québec force la main d’Arctic Béluga pour le nettoyage du site de l’ancienne usine Belgo. Et même si elle survient à une dizaine de jours du début officiel de la campagne électorale, il y a tout lieu de s’en réjouir. Parce qu’un processus administratif est maintenant enclenché pour que les travaux se fassent.

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques s’est prévalu d’une disposition de la Loi sur la qualité de l’environnement selon laquelle lorsque quiconque refuse ou néglige de faire une chose qui lui est ordonnée en vertu de cette même loi, le ministre peut faire exécuter la chose aux frais du contrevenant et en recouvrer le coût de ce dernier, avec intérêts et frais.

Arctic Béluga n’a jamais respecté le plan de réhabilitation qui découlait de l’acquisition des anciennes installations et des terrains de la Belgo. Le MDDELCC avait approuvé en 2015 ce plan, qui prévoyait que les matières résiduelles générées par la réhabilitation et la décontamination du site seraient stockées, traitées ou éliminées dans un lieu autorisé au plus tard le 30 novembre 2017.

On ne se trompe pas en disant que la compagnie a agi en sauvage, récupérant le métal payant et laissant le site à l’abandon. Un peu comme elle a fait avec Aleris. Arctic Béluga ne donne plus signe de vie.

Québec a tout de même décidé d’aller de l’avant et d’envoyer cette ordonnance, se doutant bien qu’Arctic Béluga, propriétaire légal des lieux en question, ne réalisera jamais les travaux pourtant convenus initialement.

La bonne nouvelle, c’est que les travaux devraient se faire. Le gouvernement a maintenant les outils pour aller en appel d’offres et pour donner le feu vert aux travaux de nettoyage et de décontamination. La mauvaise nouvelle, c’est que la perspective pour lui de récupérer quelque dollar que ce soit est mince, pour ne pas dire inexistante.

Cela tient aussi à l’absurdité d’une clause d’exonération de responsabilité dans le contrat de vente des installations de la Belgo, contrat intervenu entre Produits forestiers Résolu et Arctic Béluga. En vertu de cette clause, aucun recours ne serait possible envers l’entreprise qui, pendant plus d’un siècle, a fait des affaires d’or tout en polluant le site.

Impossible, donc, d’appliquer le principe de pollueur-payeur dans des cas comme ceux-là. Il est impensable de voir des compagnies comme Résolu ou Aleris lever la main pour dire qu’elles sont prêtes à assumer leur part de responsabilité. Ça donne ce dont nous sommes témoins: des brigands achètent pour une bouchée de pain, font un coup d’argent avec ce qui peut être sorti et vendu, puis laissent les lieux dans un état lamentable.

La notion de bon citoyen corporatif échappe, manifestement, à Arctic Béluga autant qu’à Résolu. Renoncer, en une clause contractuelle, à une dette morale et environnementale envers Shawinigan, c’est purement honteux.

Au moins avec l’intervention gouvernementale confirmée mardi, on commence à voir la lumière au bout du tunnel. Le maire de Shawinigan, Michel Angers, avait récemment indiqué qu’il souhaitait faire du dossier de la Belgo un enjeu électoral. La réponse du gouvernement est venue rapidement. Le contraire aurait été étonnant compte tenu du parallèle facile à faire avec le cadavre de l’ancienne Aleris.

Mais même si le timing est bon pour le député Giguère, qui sollicite un nouveau mandat dans la circonscription remaniée de Laviolette–Saint-Maurice, il ne faudrait pas y voir uniquement une manoeuvre électoraliste. On vient d’enclencher un processus administratif, qui pourra échapper à la politique.

Et ça, pour Shawinigan, c’est une bonne nouvelle. Il est maintenant permis d’espérer une entrée de ville mieux aménagée, moins délabrée et certainement un peu plus accueillante.