La lumière au bout du tunnel

Saura-t-on un jour ce qui a pu réellement se passer pour qu’en quelques semaines, le partage du tunnel du mont Royal devienne possible entre le REM et le futur train à grande fréquence passant par la rive nord? En même temps que la Caisse de dépôt et de placement du Québec annonçait des modifications au projet de REM et une révision des coûts projetés, on éliminait d’un seul coup ce qui semblait être le principal obstacle au projet de TGF de VIA Rail. Est-ce que ce sera suffisant pour aller de l’avant?

Il y a eu un soupir de soulagement, la semaine dernière, chez ceux qui souhaitent la concrétisation du projet de train à haute fréquence sur la rive nord. À Québec et à Trois-Rivières, particulièrement. Avec raison.

Parce que depuis quelques mois, on craignait que le projet de TGF soit enterré avant même de mourir, en raison de l’impossibilité de cohabitation, dans le fameux tunnel du mont Royal, des trains du Réseau express métropolitain (REM) et ceux de la desserte à grande fréquence de la rive nord. Il avait été décidé que les voies ferrées du tunnel devaient être à l’usage exclusif du futur REM, ce qui voulait dire que le train à grande fréquence aurait dû faire sa halte montréalaise dans une gare située en périphérie, probablement dans le secteur de la jonction des autoroutes 40 et 15. Impossible d’avoir accès directement à la gare Centrale.

Mais voilà que soudainement, cet obstacle semble levé. Moyennant le choix d’une technologie permettant aux trains de partager les voies dans l’étroit tunnel centenaire, le TGF pourra ainsi accéder à la gare Centrale même si le REM circulera dans le même corridor plusieurs fois par heure.

Pourquoi n’avait-on pas envisagé cela avant? Pourquoi avait-on condamné la cohabitation prématurément? La fameuse technologie nécessaire au partage des voies existe-t-elle déjà? Est-elle seulement réaliste?

L’apparente bonne nouvelle cache peut-être une prolongation des délais de réalisation du projet de TGF. Déjà, on estime chez VIA Rail qu’il faudra compter entre deux et quatre ans pour que celui-ci se concrétise une fois que la compagnie aura toutes les autorisations requises.

Vendredi dernier, le député de Trois-Rivières aux Communes, Robert Aubin, signait dans ces pages une lettre dans laquelle il pressait le gouvernement libéral de Justin Trudeau d’aller de l’avant avec le financement nécessaire au projet. Au cours des dernières années, le député n’a pas cessé d’insister dans le dossier du train de passagers et c’est tout à son honneur. Sur la question du financement, on attend beaucoup du prochain budget de Bill Morneau. La clé qui déverrouillera les voies ferrées de la rive nord aux trains de passagers est probablement dans cet exercice.

L’organisme Accès Transports viables, présent dans la région de Québec pour promouvoir les modes de déplacement viables et de défendre les droits des utilisateurs et utilisatrices des transports collectifs, a lancé la semaine dernière une idée intéressante. Pour éviter des délais interminables, l’organisme croit que le gouvernement fédéral doit faire de l’interopérabilité du tunnel une condition stricte au financement du REM. C’est loin d’être bête.

Et ça pourrait assurer un minimum de simultanéité dans la réalisation des deux projets, ce qui ferait en sorte que pour une fois, il n’y en aurait pas que pour Montréal. La rive nord attend le retour des trains de passagers depuis plus longtemps que le quartier Dix-30 attend une desserte de train métropolitain.