Martin Francoeur

La loi est dure, mais c’est la loi

ÉDITORIAL / Dura lex, sed lex. La loi est dure mais c’est la loi. Voilà une réalité qui frappe de plein fouet les propriétaires de chalets situés en Haute-Mauricie. En raison de l’arrêté ministériel concernant la fermeture de l’accès à certaines régions éloignées, bon nombre de villégiateurs n’ont plus accès à leur résidence secondaire. Leur frustration est certainement compréhensible mais il reste que cette consigne est essentielle dans un contexte où on cherche à freiner la propagation de la COVID-19.

Il est vrai, comme le mentionne Luc Martin dans une lettre d’opinion publiée jeudi, que des contribuables qui payent des taxes à la Ville de La Tuque se retrouvent privés de la jouissance de leur bien. Ils ne peuvent se rendre à leur résidence secondaire, que ce soit pour échapper à la lassitude des villes en période de confinement ou simplement pour aller s’assurer que leur propriété n’est pas endommagée ou qu’elle n’a pas été visitée par des personnes mal intentionnées.

Mais dans un contexte d’urgence sanitaire, la décision gouvernementale et la volonté des élus locaux de faire respecter les limitations d’accès sont aussi compréhensibles.

Le 1er avril dernier, le gouvernement du Québec a décrété que l’agglomération de La Tuque faisait maintenant partie des régions protégées par des points de contrôle routiers pour limiter la propagation de la COVID-19. Tous les déplacements jugés non essentiels sont interdits, incluant le fait d’aller à son chalet.

À La Tuque, on compte plus de chalets que de résidences principales. Sur les quelque 4220 résidences secondaires disséminées sur le très vaste territoire de la ville, environ 85 % appartiendraient, selon le maire Pierre-David Tremblay, à des propriétaires qui habitent à l’extérieur de l’agglomération latuquoise.

On comprend alors la volonté d’éviter un incessant va-et-vient de propriétaires de chalets entre les territoires situés plus au sud et la Haute-Mauricie. On comprend surtout la volonté de ne pas créer de pression supplémentaire sur les commerces et les services essentiels. On doit comprendre, enfin, la nécessité de ne pas augmenter – même ponctuellement – la population sur le territoire desservi par un hôpital qui ne pourrait pas répondre adéquatement à une hausse soudaine de visites à l’urgence ou d’hospitalisations.

Les contrôles routiers établis sur les routes donnant accès à la Haute-Mauricie ont déjà été le point de demi-tour de plusieurs propriétaires de chalets qui souhaitaient se rendre à leur propriété. L’application de la consigne incombe aux policiers qui sont présents à ces points de contrôle. La mesure semble être généralement bien respectée puisqu’on note une baisse de la circulation sur les voies d’accès à l’agglomération de La Tuque.

Si l’interdiction d’accès à la région pour les personnes de l’extérieur est acceptable pour des raisons sanitaires, il pourrait néanmoins être pertinent de se pencher sur une façon de dédommager les propriétaires privés de leur bien. Est-ce que ça peut passer par un crédit de taxes qui pourrait être financé par un programme spécial du gouvernement? La question mérite d’être posée et d’être analysée sérieusement.

Mais c’est le genre de question qui pourra être réglée une fois que la tempête se sera apaisée. D’ici là, il importe que les villes et municipalités comme La Tuque, de même que les forces policières présentes sur le territoire, assurent un service de patrouille pour décourager les potentiels malfaiteurs.

D’ici quelques semaines, les mesures de déconfinement pourraient englober une levée partielle et progressive des limitations d’accès à certains territoires situés dans les régions dites éloignées qui ont fait l’objet d’arrêtés ministériels depuis la fin mars. Il sera pertinent d’y aller secteur par secteur pour éviter que des milliers de personnes prennent d’assaut la Haute-Mauricie en même temps.

Les villégiateurs et résidents saisonniers ont un impact économique important et il sera tout à fait normal de donner suite à leurs doléances. Mais pour l’instant, il faut s’y résigner: c’est l’enjeu sanitaire qui importe le plus.