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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

La légitime colère des restaurateurs

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ÉDITORIAL / Les restaurateurs du Québec ont dû sursauter, mercredi, lorsqu’ils ont entendu le Dr Horacio Arruda dire que la décision de fermer les restaurants n’émanait pas de la direction nationale de la Santé publique, mais bien du gouvernement.

C’est une décision politique, qui laisse sans doute un goût amer chez ces entrepreneurs déjà malmenés par les restrictions sanitaires et aux mesures de confinement liées à la pandémie de COVID-19.

Si la colère des restaurateurs est légitime, la décision du gouvernement est malheureusement compréhensible. Avec l’explosion du nombre de nouveaux cas, les autorités politiques ne savaient vraisemblablement plus où agir pour tenter d’inverser la tendance. La fermeture des restaurants n’est probablement pas la bonne cible si on en juge par la croissance encore constante du nombre de personnes infectées, d’hospitalisations et de décès.

Il est donc possible de croire que les restaurateurs ont été sacrifiés dans le tourbillon des mesures déployées pour freiner la propagation de la COVID-19. La frustration est d’autant plus grande pour eux puisqu’ils se sont constamment fait dire que la décision venait des recommandations de la Santé publique.

La vérité, c’est que les autorités politiques sont allées au-delà de ces recommandations. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a persisté et signé, jeudi, affirmant qu’il assumait pleinement les décisions qui, comme celle-là, vont plus loin que ce que recommandent les autorités sanitaires. «Où est-ce qu’on serait aujourd’hui si on n’avait pas fermé les bars et les restaurants?», se questionne-t-il.

Ça, personne ne le sait. Il n’a pas été révélé que les restaurants et salles à manger n’étaient pas des foyers d’éclosion préoccupants.

Il est probablement plus élégant de dire, comme l’a fait le ministre, que la décision a été prise selon le principe de précaution plutôt que parce qu’on ne savait plus vraiment où intervenir pour ralentir la propagation du virus. Chose certaine, ça n’a pas été fait de gaieté de cœur.

Mais il y a peut-être eu, en effet, un manque de transparence qui irrite et déçoit bien des restaurateurs. Ces derniers, doit-on le rappeler, luttent pour leur survie depuis le mois de mars. Plusieurs ont engagé des sommes importantes pour aménager leurs salles à manger ou pour développer les commandes au comptoir et la livraison. Certains sont déjà tombés au combat.

Oui, le gouvernement doit s’excuser auprès des propriétaires de restaurants. Mais ce ne sera pas suffisant. Les partis d’opposition ont réclamé une aide plus substantielle du gouvernement pour les restaurateurs et c’est en effet ce qui devrait être envisagé. Pas tant comme pénalité pour une décision injustifiée, mais plutôt pour pallier le soutien ponctuel et chiche du premier confinement. Une aide financière directe serait certainement plus appropriée que des prêts, même si elle arriverait un peu tard. Déjà plusieurs centaines de restaurateurs ont dû mettre la clé sous la porte en raison de la pandémie.

Au total, les restaurants auront été fermés pendant la moitié de l’année en 2020. L’Association Restaurants Québec estime que les revenus perdus s’élèvent à plus de 5 milliards de dollars. Une étude de l’organisme Restaurants Canada révèle que plus de la moitié des restaurants sont à risque de fermer au cours des six prochains mois. Près des deux tiers des restaurants fonctionnent à perte ou peinent à survivre. Seulement 19 % ne font qu’atteindre le seuil de rentabilité.

À eux seuls, ces chiffres devraient suffire pour convaincre le gouvernement de mettre en place un programme d’aide sérieux pour les restaurateurs. Et s’il y a un geste à poser pour réparer les pots cassés en raison du mauvais message qui leur a été envoyé, ce serait de les asseoir à la table qui déterminera les modalités de cet éventuel soutien gouvernemental.