Marc-André Gragnani, Kevin Poulin et Gilbert Brulé représentent le Canada aux Jeux olympiques de PyeongChang.

La leçon de prononciation

Hockey Canada devrait s’occuper de hockey et laisser faire les leçons de prononciation.

Dans le cadre du tournoi de hockey masculin des Jeux de PyeongChang, voilà que survient un autre de ces petits inconforts linguistiques qui laissent souvent transpirer un malaise plus grand envers le fait français ou la présence de francophones au Canada. Mercredi, la classe politique québécoise s’est indignée – avec raison – d’une intervention déplacée d’un sbire de Hockey Canada, Bayne Pettinger, auprès de l’annonceur maison des matchs de hockey disputés dans l’amphithéâtre de Gangneung.

L’annonceur en question, Sébastien Goulet, qui est également commentateur à TVA Sports, s’est fait taper sur les doigts parce qu’il ne prononçait pas à l’anglaise les noms de Derek Roy, René Bourque et Marc-André Gragnani. Hockey Canada a d’ailleurs maladroitement justifié sa demande d’anglicisation des noms par une vidéo – unilingue anglaise – dans laquelle les joueurs déclamaient leur identité et le nom de l’équipe au sein de laquelle ils évoluent.

Mettons quelque chose au clair. Il est vrai que Derek Roy – un franco-ontarien qui s’exprime plus souvent en anglais – et René Bourque – qui ne parle pas vraiment le français – prononcent leur nom à l’anglaise. Dans le cas de Marc-André Gragnani, son nom a beau être d’origine italienne, il le prononce – tout comme son prénom – avec un accent francophone.

Que Derek Roy et René Bourque prononcent leur nom avec leur accent anglais, c’est leur affaire. Mais peut-on vraiment blâmer un francophone de vouloir les prononcer comme à peu près la totalité de son auditoire les prononcerait? S’il fallait demander à un annonceur anglophone de prononcer correctement, avec l’accent des francophones du Québec, des noms de joueurs québécois, on aurait parfois droit à de véritables horreurs. Les annonceurs sont généralement assez débrouillards pour savoir quelle est la meilleure prononciation à adopter. Ils doivent trouver un équilibre entre le respect de la façon dont les individus nommés prononcent leur nom et la nécessité de demeurer compréhensibles par leur auditoire.

Mais le gros du problème n’est pas là. Le gros du problème, c’est à Hockey Canada qu’il se trouve.

Parce que cette intervention est un manque de respect pour les francophones, qu’ils soient joueurs, commentateurs ou amateurs de hockey. Le premier ministre Philippe Couillard a raison de trouver cette situation déplorable et ridicule. Le pire, c’est que le français est une des langues officielles du Comité international olympique.

Heureusement, à PyeongChang, la langue de Molière semble plutôt bien traitée. On a fait appel à des annonceurs francophones pour les volets en français des présentations, qu’il s’agisse de présentation de compétiteurs, de dévoilement de notes, de remise de médailles ou de peluches.

Hockey Canada, comme plusieurs autres fédérations sportives canadiennes, a certainement un examen de conscience à faire. Ce n’est pas la première fois que des interventions témoignent d’un manque de considération pour les francophones, pour le français, pour le Québec. Les malaises sont nombreux et les fédérations doivent impérativement se questionner sur la façon dont on traite la réalité canadienne, la dualité linguistique et la présence de francophones dans les équipes qu’elles supervisent.

Parce que les fédérations sportives canadiennes regroupent des athlètes des deux groupes linguistiques, elles devraient se doter de pratiques claires en ce qui a trait à l’utilisation du français et de l’anglais. Il y a déjà suffisamment de tolérance en ce qui a trait à l’utilisation d’une seule langue pour faciliter l’entraînement dans certains sports. Faudrait pas étirer davantage l’élastique.

Faudrait surtout leur rappeler qu’il y a deux langues officielles au pays.