Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois

La guerre aux bouteilles d’eau

À l’heure où la planète est confrontée à une crise et que les préoccupations environnementales se manifestent de plus en plus fort, il n’y a pas de gestes anodins pour lutter contre la pollution, diminuer le gaspillage ou réduire la consommation de produits de plastique. En ce sens, l’initiative de la Ville de Bécancour d’éliminer progressivement les bouteilles d’eau en plastique doit être saluée. Mieux, elle devrait servir d’exemple pour bien d’autres municipalités.

On voit naître, dans le monde municipal, de plus en plus d’initiatives concrètes pour réduire l’empreinte écologique. Les municipalités font ce qu’elles peuvent, parce que les mesures à plus vaste échelle sont davantage du ressort des gouvernements provincial et fédéral.

On ne doit pas minimiser l’impact de tels gestes. Si des individus, puis des familles, puis des communautés, puis des villes entières changent leurs habitudes en posant des gestes pour l’environnement, on ne peut que s’en réjouir. Cela envoie non seulement des messages forts, mais cela crée aussi des habitudes qui ont de fortes chances de se transmettre aux générations suivantes.

La Ville de Bécancour confirmait, plus tôt cette semaine, qu’elle ira de l’avant au cours de la prochaine année pour éliminer les bouteilles d’eau en plastique lors des événements qui se déroulent sur son territoire. On peut évidemment penser à des rendez-vous sportifs comme le Marathon des couleurs et la tournée cycliste des clochers, au cours desquels on pouvait distribuer plusieurs centaines de bouteilles d’eau.

Les élus et les dirigeants bécancourois sont bien conscients que le geste qu’ils s’apprêtent à poser n’est qu’une infime partie de la solution concernant l’accumulation de bouteilles de plastique à l’échelle planétaire. Mais c’est bel et bien une partie.

Bannir les bouteilles d’eau à remplissage unique est un geste concret et écoresponsable que les villes et les municipalités peuvent poser. Dans la plupart des villes, la qualité de l’eau provenant des réseaux de distribution d’eau potable est excellente. Et cette eau est gratuite, faut-il le rappeler. Il suffit, bien souvent, de faire preuve d’un peu d’imagination pour changer les comportements et favoriser la consommation de cette eau dans des contenants réutilisables.

Ce qui est un peu curieux, c’est que de telles initiatives commencent à peine à voir le jour. Parce que dès 2009 – c’était il y a dix ans – l’Union des municipalités du Québec se rangeait derrière la Fédération canadienne des municipalités et incitait les villes à réduire la vente et l’achat de bouteilles d’eau dans leurs établissements. Le discours n’est pas nouveau. La volonté de passer aux actes semble, elle, plus récente. Tant mieux.

Si l’élimination totale des bouteilles d’eau à remplissage unique apparaît comme utopique – il s’agit encore d’une option plus avantageuse, sur le plan de la santé physique, que l’achat d’une canette ou d’une bouteille de boisson gazeuse –, il y a certainement lieu d’envisager d’autres solutions, comme le font les villes, les établissements d’enseignement et plusieurs grandes organisations.

Les Québécois consomment chaque année plus d’un milliard de bouteilles d’eau à remplissage unique. Moins du tiers de ces bouteilles seraient récupérées en vue d’être recyclées. Le reste est envoyé à l’enfouissement ou jeté dans la nature, avec les conséquences que l’on connaît maintenant sur les océans, notamment. Il s’agit, encore aujourd’hui, d’une situation aussi aberrante que préoccupante.

Le fait que des villes décident de faire leur part devrait trouver écho chez les gouvernements supérieurs. De tels gestes doivent se multiplier pour contrer le puissant lobby des producteurs et des distributeurs d’eau embouteillée, qui profite déjà honteusement de la ressource principale.

Le combat est long, le parcours est jonché d’obstacles. Mais il y a de ces initiatives qui redonnent de l’espoir.