Le maire Pierre-David Tremblay

La grande réconciliation

Même s’il y a encore loin de la coupe aux lèvres, l’heure est certainement aux réjouissances à La Tuque. Le projet hydroélectrique Manouane Sipi, qui a connu son lot de rebondissements depuis près d’une décennie, devrait voir le jour d’ici 2024. Hydro-Québec a en quelque sorte donné le feu vert au projet en signant un contrat d’approvisionnement en électricité vendredi dernier. C’est une excellente nouvelle. Et de celle-ci en découle une autre: il y a là de quoi apaiser – voire éliminer – les tensions entre le maire de La Tuque et la société d’État.

Pierre-David Tremblay a parfaitement raison de se réjouir de la concrétisation annoncée du projet Manouane Sipi. Le projet, qui était un modèle porteur de collaboration entre une ville et une communauté autochtone, ne méritait pas le sort qu’il avait connu en 2013, abandonné avec d’autres projets semblables par le quasi éphémère gouvernement péquiste de l’époque. Les libéraux avaient redonné vie au programme des microcentrales l’année suivante, conscients de l’importance de ces projets pour les milieux qui les portaient.

Ironiquement, à l’époque, le chef de la CAQ, François Legault, avait remis en question la relance des projets de minicentrales hydroélectriques. Il les jugeait inutiles et coûteux, dans un contexte de surplus d’électricité chez Hydro-Québec.

Dans le cas de Manouane Sipi, la Ville de La Tuque travaillait depuis 2010 sur la construction d’une minicentrale hydroélectrique en partenariat avec les Atikamekw de Wemotaci pour générer une nouvelle source de revenus pour les deux communautés.

Le maire Tremblay a laissé entendre, mardi, que le projet devrait rapporter environ 60 millions $ à la Ville de La Tuque sur une période de quarante ans. C’est majeur.

La construction de cette centrale de 22 mégawatts, dont les coûts sont évalués à un peu plus de 100 millions $, pourrait se mettre en branle assez rapidement, à condition que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) donne son feu vert. La centrale pourrait, de façon optimiste, être en activité d’ici 2024. À terme, on prévoit la livraison, à Hydro-Québec, de 103 900 MWh par année de contrat.

S’il faut ici reconnaître l’acharnement du maire Tremblay, il ne faudrait surtout pas passer sous le silence celui de son prédécesseur, Normand Beaudoin, qui en a vu de toutes les couleurs avec ce projet et qui l’a passionnément défendu pendant deux mandats. Les partenaires de la communauté atikamekw de Wemotaci ont aussi été fidèles à ce projet, tout comme l’ex-députée de Laviolette, Julie Boulet. Même les dirigeants de Kruger, et plus particulièrement de sa division Énergie, y ont cru, au point de s’intégrer au projet comme entreprise gestionnaire et comme partenaire financier.

Les minicentrales privées ne sont peut-être pas le corridor d’approvisionnement en énergie le moins coûteux pour Hydro-Québec, mais l’électricité qu’elles produisent et qu’elles vendent à la société d’État n’est pas hors de prix non plus. Ce qu’il ne faut pas négliger, c’est qu’elles constituent des modèles économiques de solidarité et de coopération qu’il ne faut pas abandonner. Des territoires, souvent éloignés et parfois dévitalisés, qui se mobilisent pour s’assurer d’une source de revenus stable, ça mérite d’être encouragé.

La Tuque et Hydro-Québec font d’une pierre deux coups avec ce contrat d’électricité: l’entente vient sceller une réconciliation qui est certainement bienvenue, surtout après les épisodes d’exaspération du maire Tremblay. Celui-ci a obtenu des gains ou des garanties importantes en ce qui concerne, notamment, l’entretien et le déploiement du réseau de distribution ou encore l’ajout d’un monteur de ligne basé à La Tuque.

Tant mieux s’il s’agit là d’un effet secondaire de la rencontre qui a eu lieu récemment entre le maire et les dirigeants d’Hydro-Québec. Parce que ces parties sont plus que jamais condamnées à bien s’entendre.