L'Avenue des Draveurs gardera finalement son nom.

La grande classe

C'est une bien sage décision que vient de prendre la Ville de Trois-Rivières, après des discussions avec des représentants de Cogeco. L'avenue des Draveurs gardera son nom. Trois choses à retenir de cet épisode: il est nécessaire de rendre hommage à Henri Audet de façon convenable, il faut que la Ville revoie ses façons de faire en matière de toponymie et il s'impose de saluer la grande classe dont Cogeco et la famille Audet ont fait preuve, voulant éviter que l'hommage à leur fondateur soit associé à une controverse.
On reconnaît ici la qualité et la grandeur de cette entreprise qui non seulement fait honneur à sa réputation d'excellent citoyen corporatif, mais qui en plus sait se montrer à l'écoute des communautés où elle est présente. 
La compagnie et la famille Audet font montre de la même humilité et de la même bienveillance que celles démontrées par deux autres familles auparavant. La famille de Robert Bourassa, en 2007, avait demandé à la Ville de Montréal de renoncer à sa volonté de rebaptiser l'avenue du Parc en l'honneur de l'ancien premier ministre. Les protestations étaient trop fortes. Même scénario en 2014, alors que la famille de Maurice Richard demandait de ne pas considérer le nom du hockeyeur pour le futur pont Champlain.
Il est vrai que Trois-Rivières a un attachement tout particulier à Cogeco. Son fondateur mérite un hommage toponymique à la hauteur de son parcours et du rôle qu'il a joué non seulement dans le domaine des affaires, mais aussi en éducation et dans son engagement communautaire. Jamais il n'a été remis en question de rendre hommage à l'homme ou de reconnaître la participation de l'entreprise à la vie culturelle et sociale de la région.
Il est tout de même curieux que la Ville de Trois-Rivières eût déjà, en 2015, choisi de renommer la voie de desserte de l'autoroute 40, près de Cogeco, «rue Henri-Audet». C'était peut-être précipité comme hommage. Et on se demande encore comment il se fait que personne à la Ville n'ait levé un drapeau pour dire qu'il y avait déjà une rue Henri-Audet. Même si cette voie de communication est promise à un bel avenir, elle n'est pour l'instant pas appropriée pour rendre quelque hommage que ce soit.
Quant à la plus récente décision de la Ville de renommer l'avenue des Draveurs, elle venait heurter beaucoup de susceptibilités. Elle donnait surtout une impression de surenchère de la part de la Ville pour plaire à Cogeco, déjà commanditaire de l'Amphithéâtre. Elle laissait transparaître une forte odeur d'improvisation et d'aplatventrisme.
Les considérations historiques derrière cette modification toponymique ne sont pas banales, quoi qu'en pense Yves Lévesque. L'hommage aux draveurs jouissait d'une large approbation populaire. Et même si on a dit qu'on préservait la valeur de cet hommage en gardant une petite impasse à ce nom et en finançant le musée Boréalis année après année, l'exercice donnait l'impression de tasser l'un pour faire de la place à l'autre.
L'épisode de cette semaine ramène aussi sur la table la question de la gestion des toponymes à Trois-Rivières. Plus que jamais, il est impératif de reconstituer le comité de toponymie et de se doter d'un processus clair lorsque survient une volonté de remplacer un toponyme existant.
C'est ce qui doit se passer pour Henri Audet. On ne doit pas lui donner une petite rue isolée dans un nouveau développement résidentiel. On pourrait, par exemple, renommer le boulevard Saint-Jean à son nom. Ce serait tout naturel, avec le siège régional de Cogeco comme pôle principal de cette artère. En plus, on pourrait demander que le nom de cet éventuel «boulevard Henri-Audet» puisse se retrouver aux côtés de la mention «Boul. Jean-XXIII» sur le panneau indiquant la sortie de l'autoroute 55 sud qui donne directement sur cette voie de circulation. Et qui plus est, on éliminerait du même coup un doublon toponymique puisqu'il existe déjà une petite rue Saint-Jean, dans l'arrondissement historique.
Peu importe ce qu'on envisage, il faudra surtout bien faire les choses: consulter, approcher les résidents et commerces touchés, vérifier l'existence d'odonymes existants, rendre publiques les intentions de la Ville.
Ça éviterait de devoir faire de la gestion de crise dans un domaine où cela n'a pas lieu d'être.