Le député de Saint-Maurice, Pierre Giguère (au centre) et le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, à Shawinigan, le 2 mai.

La goutte de trop!

Bizarres ces commentaires de politiciens qui ont tendance à tempérer la gravité des inondations survenues dans la région et un peu partout au Québec. Le dernier en liste, le député de Saint-Maurice, Pierre Giguère, est vraiment difficile à suivre quand il dit que le traitement de l'information durant la crise des inondations a été «alarmiste».
«Que les gens soient informés, c'est important. Mais je trouvais ça un peu alarmiste», lance-t-il le plus sérieusement du monde. Mais sur quelle planète a-t-il vécu ces dernières semaines pour dire des choses pareilles?
On peut comprendre que sa circonscription a été un peu moins touchée, mais la moindre des choses serait de faire preuve d'un peu plus d'empathie envers les milliers de sinistrés qui ont vécu de durs moments et qui, justement, suivaient religieusement les médias de la région pour voir comment la situation évoluait et connaître l'aide dont ils pouvaient bénéficier.
D'ailleurs, le député de Saint-Maurice a été très peu visible sur le terrain. «J'ai été plus discret», confirme-t-il. Pendant ce temps, ses collègues (à commencer par le premier ministre Philippe Couillard) n'hésitaient pas à aller sur le terrain pour accompagner les résidents qui avaient les deux pieds dans l'eau et le moral dans les talons.
Là-dessus, la ministre Julie Boulet a vraiment fait un travail exemplaire et elle mérite un coup de chapeau bien senti. Dire que M. Giguère, dans la foulée du redécoupage des circonscriptions électorales, a l'intention de se frotter à sa collègue pour représenter Saint-Maurice-Laviolette. Vous avez des croûtes à manger pour avoir ne serait-ce qu'une portion de sa sensibilité et de son tact politique.
Mais comment peut-on en arriver à la conclusion que ces inondations qualifiées d'historiques ont eu droit à un traitement médiatique «alarmiste»? Il faut croire que votre propre gouvernement, M. Giguère, a été alarmiste en demandant l'aide de l'armée et en bonifiant les mesures d'aide gouvernementale traditionnellement en vigueur dans les cas d'inondations.
Et, selon votre logique, nous pouvons traiter d'alarmistes tous ces artistes de renom qui se réuniront à l'Amphithéâtre Cogeco le 11 juin prochain pour venir en aide aux milliers de personnes qui ont été victimes de cette catastrophe.
On parle ici de millions de dollars en dommages et de centaines de maisons évacuées, M. Giguère. C'est être alarmiste, ça? En diminuant l'importance de ces événements, vous manquez de respect envers ceux qui vivent les pires moments de leur vie.
Le pire, c'est que le député Giguère n'est pas le premier à mettre un bémol sur la gravité des inondations et, du même souffle, à remettre en question l'importance médiatique réservée aux inondations.
Les maires de Nicolet et de Bécancour, Geneviève et Jean-Guy Dubois, ont eux aussi parlé de «spectacle». La mairesse Dubois a même mentionné «qu'on a eu une très grande couverture médiatique pour ce qu'était réellement l'événement».
Quoi? Encore là, cette évaluation est extrêmement difficile à comprendre. Surtout de la part d'une mairesse qui a elle-même décrété l'état d'urgence et qui a même demandé à des résidents d'évacuer leur maison.
Espérons seulement que ces commentaires réducteurs n'empêcheront pas les politiciens concernés de faire un retour sur les événements, de voir comment leur plan d'urgence était approprié à de telles situations et, surtout, d'apporter l'aide nécessaire à ceux qui ont été durement frappés par cette crue exceptionnelle des eaux.
En terminant, le député Giguère s'offusque d'avoir reçu une demande des médias d'apporter ses bottes sur les lieux des inondations. Vous avez tout à fait raison!
En fait, au-delà de l'image, un bon député n'attend pas qu'on lui demande de mettre ses bottes. Il les met tout naturellement et il va à la rencontre de ses concitoyens pour les aider, les soutenir et voir ce qu'il pourrait changer dans les façons de faire en place pour être plus efficace si une autre catastrophe du genre devait se reproduire.