La gourmandise des supralocaux

Se pourrait-il que les villes dotées d’infrastructures de sport, de loisirs et de culture qui sont fréquentées ou utilisées par des résidents de municipalités voisines aient les yeux plus grands que la panse? On dirait bien que oui. Le débat sur les compensations pour les équipements supralocaux est en train de déraper et risque de pénaliser beaucoup de monde.

Après Shawinigan il y a deux ans, voilà que Trois-Rivières joue la carte de la grosse ville qui demande des compensations à ses voisines pour les équipements sportifs. Pour être bien certaine de forcer la main aux élus des municipalités satellites, la Ville impose aux utilisateurs de l’extérieur des tarifs d’inscription démesurés lorsqu’on les compare à ce que doivent payer les utilisateurs trifluviens.

Il y a une vingtaine d’années, on pensait bien que le débat sur les équipements supralocaux allait devenir caduc avec les fusions municipales. Mais ce n’est pas le cas. Les villes de centralité regardent aujourd’hui un peu plus loin. Leur rayon d’influence ou d’attraction représente maintenant une source potentielle de revenus de taxes.

Déguisée sous des tarifs d’inscription abusivement élevés ou sous une compensation exigée de la part de municipalités qui n’en ont pas toujours les moyens, cette taxe sur les supralocaux relève de l’appât du gain. Si on peut comprendre le bien-fondé pour une municipalité d’exiger un montant supplémentaire aux utilisateurs qui habitent en dehors de son territoire, par souci d’équité envers ses propres citoyens, on comprend mal pourquoi certaines villes le font en poussant fort sur le crayon.

À Trois-Rivières, par exemple, une inscription au soccer coûte entre 240 $ et 260 $ pour un jeune de 9 à 16 ans. Mais si ce jeune joueur ou cette jeune joueuse est de l’extérieur, il faudra ajouter un montant de 311 $. D’où vient cette idée d’ajouter un montant qui est supérieur au prix de l’inscription elle-même? N’est-on pas dans l’exagération pure et simple? Pour les sports de glace, la surtaxe est de 716 $. Ça commence à peser lourd dans les budgets familiaux des parents de Saint-Maurice, de Champlain, de Saint-Étienne-des-Grès, de Notre-Dame-du-Mont-Carmel ou des autres municipalités dans la mire de Trois-Rivières.

L’ex-maire Yves Lévesque n’avait jamais été très chaud à l’idée de surfacturer les utilisateurs de l’extérieur. Il reconnaissait, en quelque sorte, le principe du retour du balancier, selon lequel des familles de l’extérieur qui viennent profiter des services qu’offre Trois-Rivières vont aussi y manger ou y faire des achats.

L’histoire de Karine St-Arnaud, qui signait une lettre d’opinion dans ces pages la semaine dernière, est celle de nombreux parents qui se retrouvent avec la possibilité de voir doubler, tripler ou quadrupler les frais. Même avec la meilleure volonté du monde, elle ne pourrait pas débourser environ 1600 $ pour que ses deux garçons puissent venir jouer au baseball à Trois-Rivières.

Il serait certainement approprié, pour une ville comme Trois-Rivières, d’établir un montant additionnel raisonnable pour des utilisateurs non résidents. Et là, il faut inévitablement s’entendre sur la définition et l’interprétation du mot «raisonnable». Plus du double de l’inscription, ce ne l’est assurément pas.

Il y a des exemples ailleurs. Des villes-centres exigent 75 $ ou 100 $ de plus pour les enfants qui habitent en dehors de la ville.

Le fait d’exiger des montants trop élevés va à l’encontre des objectifs d’accessibilité et de la promotion de l’activité physique chez les jeunes. Plusieurs décisions de la Commission municipale du Québec ont écorché ce principe de l’utilisateur-payeur, peu souhaitable et souvent inéquitable. Trop souvent, cette approche peut avoir comme conséquence d’empêcher des jeunes de poursuivre la pratique d’une activité à laquelle ils sont habitués.

Il importe, assurément, de mettre un peu d’ordre dans tout ça et éviter ainsi les disparités d’une région à l’autre. Il importe, surtout, de garder en tête – et dans le cœur – un peu de gros bon sens.