La directrice générale du SSM, Stéphanie Plante.

La fausse bonne idée

Deux écoles privées de la région feront des aménagements à leur calendrier scolaire, l'an prochain, pour permettre l'implantation d'une deuxième semaine de relâche. Une semaine de congé pour les élèves, quelque part en novembre. Mais un autre casse-tête pour les parents.
L'idée d'offrir une semaine de relâche - ou une semaine pédagogique - à l'automne est assez récente mais elle commence à faire son chemin au Québec. Dans la région de la Capitale-Nationale, des écoles l'appliquent déjà. Dans la région, l'École Vision a tenté l'expérience cette année et entend bien la répéter au cours des prochaines années.
Il faut laisser aux spécialistes en pédagogie le soin de décortiquer la valeur d'une telle mesure sur le développement de l'enfant. Certaines directions d'école ont demandé des avis en ce sens et il semble que les élèves soient fatigués rendus en novembre. Un répit leur permettrait de mieux finir la première portion de l'année scolaire. Jusqu'aux vacances des Fêtes.
Fatigués, les élèves? Peut-être. Mais ce n'est pourtant pas la raison qui avait été donnée en 1979 quand on a graduellement implanté l'idée d'une semaine de relâche au début du mois de mars. À ce moment-là, les commissions scolaires et les établissements privés souhaitaient tout simplement contrer l'absentéisme des élèves et des enseignants, qui partaient souvent en voyage à cette période de l'hiver.
L'objectif de favoriser la réussite éducative, quelque noble soit-il, n'est peut-être pas la réelle justification de l'ajout d'une deuxième semaine de relâche.
Parlant de la semaine de relâche, le psychologue Égide Royer, professeur titulaire de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, estime qu'«une petite semaine de congé ne change en rien la réussite de l'élève». Selon lui, de nombreux enfants connaissent des retards de lecture et d'écriture et la semaine de relâche, qu'elle soit en novembre ou en mars, n'influencera pas leur réussite. «Il faudrait plutôt s'attaquer à la qualité de l'enseignement proposé en classe», insiste-t-il. C'est ce qui risque d'avoir le plus d'influence sur la réussite des élèves.
Là où ça peut être intéressant d'insérer une semaine de relâche en automne, c'est dans la modification que cela entraîne sur le calendrier scolaire. Plusieurs spécialistes sont d'accord pour dire que le long congé estival a des effets négatifs, particulièrement chez les élèves en difficulté.
Si les bienfaits d'une semaine de répit automnale ne sont pas clairement démontrés, les inconvénients, eux, le semblent davantage. Les impacts d'une telle pause ne concernent pas que l'école. Cela oblige les parents à faire de la gymnastique avec leur horaire. Ce n'est pas tous les parents qui peuvent facilement prendre une semaine de vacances ou s'absenter pour passer du temps avec leur enfant pendant une nouvelle semaine de relâche. Déjà qu'ils doivent s'adapter aux journées pédagogiques, aux journées de tempête, au début et à la fin des vacances d'été, à la relâche de février-mars.
Les impacts sur le transport scolaire, dans le cas d'un début d'année devancé, ne sont pas à négliger non plus. 
Outre l'École Vision, il semble pour l'instant que seuls le Séminaire Sainte-Marie et le Collège Notre-Dame-de-l'Assomption sont déterminés à tester la deuxième semaine de relâche à l'automne. Curieusement, partout ailleurs où il y a eu une réflexion en ce sens, on n'a pas jugé bon donner suite à cette idée.
Une chose est claire, il serait sage d'encadrer la mise en place d'une telle semaine de répit. Le ministère de l'Éducation ne devrait-il pas intervenir pour assurer une certaine cohérence et une certaine uniformité dans le calendrier scolaire? Peut-être. Devrait-on privilégier une réflexion plus large sur le calendrier scolaire? Assurément.
Les habitudes des parents, les occupations des jeunes, les contraintes familiales, tout cela a bien évolué au fil des ans. Le calendrier scolaire, lui, n'a que très peu changé.