La déclaration de guerre

Une déclaration de guerre du maire à son conseil municipal. Les mots choisis par le conseiller du district de Pointe-du-Lac, François Bélisle, peuvent paraître exagérés, mais quand on s’y attarde, on n’est pas loin de la vérité. Le calme relatif qui régnait au conseil municipal trifluvien aura duré huit mois.

C’est une entrevue du maire Yves Lévesque sur les ondes du 106,9 FM qui aura mis le feu aux poudres mercredi. Réagissant aux propos des conseillers Luc Tremblay et Pierre-Luc Fortin dans le dossier des travaux à faire au stationnement Badeaux, le maire Yves Lévesque a glissé vers une charge en règle contre les conseillers qui ne pensent pas ou ne votent pas comme lui. Le maire va même jusqu’à les appeler «groupe des huit», en référence au «groupe des sept» avec lequel il a souvent eu maille à partir entre 2009 et 2013.

Dans les faits, il s’agit plus souvent d’un groupe des neuf. La conseillère Sabrina Roy semble maintenant pencher plus souvent du même côté que Pierre-Luc Fortin, François Bélisle, Luc Tremblay, Mariannick Mercure, Dany Carpentier, Denis Roy, Claude Ferron et Pierre Montreuil.

Lors de la dernière assemblée publique régulière du conseil, le 3 juillet, le conseiller Dany Carpentier a lu un texte qui se voulait une réflexion sur l’orientation que la Ville et le conseil devraient prendre. «Depuis 2002, la Ville de Trois-Rivières a beaucoup progressé, elle est entrée dans l’ère des grandes villes. Le navire a grossi; le capitaine a tenu la barre et les résultats sont là. Maintenant que nous sommes sur la map, que nous nous sommes dotés d’infrastructures de loisir et de divertissement à la fine pointe, maintenant que le taux de chômage est bas, je dois vous annoncer que le navire a changé de destination», a-t-il insisté.

Cette direction est celle que semblent vouloir donner les nouveaux élus: plus d’ouverture, plus de transparence, plus de consultation, plus de concertation. Autant de termes qui agacent parfois le maire Yves Lévesque.

Il faut dire qu’au cours des derniers mois, celui-ci a souvent dû encaisser des décisions qui n’étaient pas les siennes: le gel de taxes, la webdiffusion des séances du conseil, l’accès donné aux journalistes pour les sessions de travail, l’adoption d’un code d’éthique plus étoffé, le refus de vendre au privé le stationnement Badeaux...

Mercredi, toujours lors de cette entrevue radiophonique, ce dernier ne s’est pas gêné pour dire qu’«un moment donné, la patience a ses limites». Et au comble de l’exaspération, il a ajouté: «Je ne voudrais pas qu’en sept ou huit mois on vienne scrapper tout ce qu’on a fait depuis quelques années.»

Le maire a raison quand il dit que la situation de la ville s’est améliorée, que le tourisme a augmenté, que les infrastructures ont été rajeunies, que l’emploi a connu une croissance et que la perception générale est meilleure que ce qu’elle était avant la fusion. Mais il doit maintenant composer avec un conseil qui souhaite que la Ville améliore aussi ses processus de décision, sa planification, sa transparence.

C’est clair que de tels champs d’action sont différents des jeux d’eau, des amphithéâtres, de l’usine de filtration, de l’asphaltage ou des congés de taxes à des promoteurs privés. Mais ce sont de réels enjeux. Et si des conseillers, légitimement élus comme lui, souhaitent s’y attarder, le maire doit en prendre acte.

Il serait absurde de penser que l’objectif des conseillers du groupe des huit ou des neuf est réellement, comme l’a dit le maire, de scrapper ce qui a été fait de bien au cours des seize dernières années.