La décision qui s’imposait

ÉDITORIAL / Il n’aura pas fallu attendre trop longtemps avant de voir Innovation et développement économique (IDE) Trois-Rivières faire volte-face en ce qui a trait à la désignation de son espace entrepreneurial d’innovation. Il faut dire, aussi, qu’il y avait longtemps qu’on n’avait pas assisté, à Trois-Rivières, à une telle levée de boucliers en matière de protection de la langue française.

La nouvelle est finalement tombée mercredi. Le directeur général d’IDE Trois-Rivières, Mario de Tilly, a indiqué que l’organisme allait apporter des modifications à l’affichage extérieur. C’est le maire Jean Lamarche qui aurait insisté pour que l’équipe d’IDE Trois-Rivières planche sur un nouveau nom ou, à tout le moins, sur une nouvelle façon de l’afficher.

L’utilisation du mot «open» pour désigner ce «district entrepreneurial innovant» avait quelque chose d’étonnant et, pour plusieurs, de choquant. Alors qu’on demande à des commerces de respecter les règles en vigueur concernant l’affichage des raisons sociales, il était normal qu’on s’attende à ce que des organismes gouvernementaux, municipaux ou paramunicipaux prennent les plus élémentaires précautions en cette matière.

Rarement aura-t-on vu, en une aussi courte période, affluer autant de commentaires ou de lettres d’opinion sur le sujet. Plusieurs citoyens, tout comme la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie, invoquaient le caractère très francophone de Trois-Rivières pour réclamer le retrait de cette appellation inscrite en grosses lettres à une des intersections les plus achalandées du centre-ville.

Le choix du nom de «Open» pour identifier le district entrepreneurial innovant d’IDE Trois-Rivières était sans doute le fruit d’une intention noble. On voulait ainsi établir un lien avec le fait d’être «open», un état d’esprit qui consiste à se mettre en mode d’ouverture et de collaboration, notamment pour être à l’affût des nouvelles tendances et des opportunités.

Dans la langue française, le mot «open» est bel et bien reconnu, mais dans deux sens très précis. Il peut désigner, dans le vocabulaire du sport, une compétition ouverte, ou encore, dans le vocabulaire des transports collectifs sur longue distance, d’un billet sans date d’utilisation spécifique. Et même si l’usage confère à ce mot une valeur d’adjectif donnant une idée d’ouverture, ce sens n’est pas reconnu.

Il était quelque peu navrant d’entendre certains dirigeants d’Open ou d’IDE tenter de rapprocher désespérément d’une de ces définitions admises l’intention derrière la désignation du district entrepreneurial innovant. Il était tout aussi affligeant d’entendre ou de lire les commentaires de certains élus municipaux sur ce débat. Le fait de devoir réagir à brûle-pourpoint sur un tel sujet peut parfois faire dire de tristes âneries.

Parce que sur le fond, les défenseurs de la langue française qui ont pris le bâton du pèlerin pour s’opposer à l’utilisation du mot «open» ont raison. La SSJB Mauricie a sonné l’alarme et n’a jamais lâché le morceau, provoquant une mobilisation jusqu’à l’assemblée publique du conseil municipal de mardi soir. Des voix fortes et respectées s’y sont fait entendre.

Le conseil municipal et la direction d’IDE Trois-Rivières ne pouvaient pas permettre à ce débat de s’étirer dans le temps et de plomber les efforts et les réalisations de ce centre d’accueil, d’incubation et d’accélération d’entreprises. L’idée est trop bonne pour que sa valeur soit supplantée par un problème de désignation.

Mais il est vrai, comme le rappelait Guy Rousseau de la SSJB Mauricie, qu’«il est de la responsabilité d’un organisme public ou parapublic de démontrer un soutien envers les initiatives prises auprès des entreprises privées pour vivre, travailler et afficher en français».

Reste à voir quel nom ou quel tour de passe-passe sera trouvé pour désigner l’espace entrepreneurial innovant d’IDE Trois-Rivières. Un comité sera formé pour étudier la question; pourquoi n’y inviterait-on pas un des représentants de la SSJB Mauricie ou de son comité de protection et de valorisation de la langue française? Ça bouclerait la boucle et tout le monde serait content.