Martin Francoeur
Alexandre Cusson
Alexandre Cusson

La course qui n’a pas eu lieu

ÉDITORIAL / La pandémie aura eu raison de la candidature d’Alexandre Cusson à la direction du Parti libéral du Québec. À moins qu’elle n’ait été que le prétexte pour permettre à l’ex-maire de Drummondville de ne pas subir l’humiliation d’une défaite cuisante.

La campagne d’Alexandre Cusson à la chefferie du PLQ n’a pas eu le temps de lever. Il misait beaucoup sur les débats prévus avant la crise actuelle pour mieux se faire connaître, pour faire valoir ses idées et pour démontrer comment il pouvait incarner le changement nécessaire pour que le parti puisse reconquérir les régions. Or, ces débats n’allaient pas avoir lieu. Et mener une campagne n’est pas l’idéal quand on est confiné.

Tôt lundi matin, Alexandre Cusson a jeté l’éponge. Il estime irréaliste et irresponsable d’envisager une reprise de la course dans les prochaines semaines, voire les prochains mois. Le Parti libéral avait suspendu sa course à la direction à la suite d’une demande insistante de l’ex-maire et ex-président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

Le déficit de notoriété et le manque d’appuis constituent certainement des raisons que le principal intéressé n’évoquera pas. Mais il fait allusion à une réalité toute personnelle: celle de ne pas pouvoir économiquement soutenir une attente prolongée sans revenus. C’est une réalité à laquelle n’était pas confrontée son adversaire, toujours députée de Saint-Henri–Sainte-Anne à l’Assemblée nationale.

Plusieurs observateurs estimaient aussi que la candidature d’Alexandre Cusson, quoique séduisante dans ses premiers instants, avait perdu du lustre. La multiplication des appuis à Dominique Anglade et l’incapacité pour l’aspirant chef de faire campagne tuaient ses aspirations dans l’oeuf. On voyait mal comment il pouvait constituer une réelle menace pour le couronnement de son adversaire.

Ce couronnement est survenu à la vitesse de l’éclair. On n’a même pas attendu de laisser retomber la poussière à la suite du désistement d’Alexandre Cusson. La députée et ex-ministre devient la première femme à devenir chef du Parti libéral du Québec. C’est certainement une nomination historique, mais elle survient à un bien curieux moment. Et dans des circonstances un peu ternes.

On peut certainement se questionner sur la pertinence de tasser le chef par intérim, Pierre Arcand, en pleine période de crise. Les canaux de communication entre les chefs des différents partis étaient bien ouverts à l’Assemblée nationale et un changement de leader, en pleine crise sanitaire et économique, n’est sans doute pas ce qu’il y a de plus souhaitable.

Ce ne sont pas les défis qui manqueront pour Dominique Anglade. Reconstruire un parti qui n’a plus aucun député à l’est de la région métropolitaine, ce n’est pas une mince affaire. Et à ce chapitre, Alexandre Cusson pouvait davantage jouer la carte des régions, même si Mme Anglade multiplie les efforts pour démontrer une sensibilité à cet effet. Elle avait d’ailleurs lancé sa campagne à Shawinigan et s’était rapidement entourée d’anciens députés, dont Marc H. Plante et Pierre Giguère.

C’est tout de même dommage pour Alexandre Cusson. Sa candidature envoyait le message qu’il était possible, pour le Parti libéral, d’attirer des candidatures prestigieuses en dehors du cercle de ses députés et militants. Pour un parti politique en quête de renouvellement, ç’aurait été un atout considérable.

Lundi, il se trouvait plusieurs Drummondvillois sur les réseaux sociaux pour tendre les bras à leur enfant prodigue et pour suggérer à Alexandre Cusson de reprendre la mairie. Il pourrait le faire sans difficulté apparente, mais cela ne semble pas être son souhait. Une candidature à la mairie qu’il a lui-même abandonnée et pour laquelle il aura provoqué la tenue d’une élection complémentaire enverrait assurément un curieux message.

Il saura rebondir ailleurs, assurément.