Jean Lamarche

La continuité

ÉDITORIAL / Des conseillers trifluviens vont sûrement être un peu mal à l’aise en serrant la main du nouveau maire de Trois-Rivières. Surtout ceux qui ont publiquement appuyé Jean-François Aubin au cours de la dernière campagne.

On le sait, trois conseillers avaient ouvertement donné leur appui à Aubin. C’est cependant un secret de Polichinelle que l’ancien conseiller de Marie-de-l’Incarnation était le préféré de la majorité du conseil trifluvien qui voyait en lui l’homme qui pouvait matérialiser cette nouvelle atmosphère tant attendue. Pour enfin mettre loin derrière les années Lévesque.

Mais voilà, c’est Jean Lamarche que les Trifluviens ont choisi.

Visiblement, le faible taux de participation a joué en faveur de Lamarche qui pouvait compter sur une bonne partie de l’expérimentée équipe d’Yves Lévesque pour faire sortir le vote en ce dimanche visiblement trop ensoleillé pour aller aux urnes. Son entourage a également été particulièrement efficace sur les réseaux sociaux. Un peu trop même.

Jean Lamarche s’était dès le départ présenté comme le candidat de la continuité. La continuité économique, prenait-il soin de préciser comme pour garder une certaine distance avec l’ancien maire Lévesque qui a quand même encore son lot de détracteurs aux quatre coins de la ville.

L’ancien porte-parole régional du ministère des Transports a même résisté à la tentation de s’en rapprocher davantage après un sondage lui étant favorable… sorti la même semaine que la résurrection publique d’Yves Lévesque.

Cette prudente approche aura finalement été la bonne: elle a permis à Lamarche d’aller chercher les nostalgiques d’Yves Lévesque tout en évitant d’être trop associé aux défauts de son prédécesseur. Ce faisant, il a également empêché ses opposants de l’attaquer sur cette théorique proximité avec un ancien maire ayant la réputation de ne pas consulter et de ne supporter aucune opposition.

Le chat est cependant sorti du sac lors des célébrations entourant la victoire de Jean Lamarche, dimanche. La présence d’Yves Lévesque ne laisse plus aucun doute sur la relation entre les deux hommes et aura assurément un impact majeur sur les premiers jours de Lamarche à l’hôtel de ville.

Jean-François Aubin regrettera-t-il, en voyant ça, de ne pas avoir davantage frappé sur ce clou? Peut-être. Il faut dire qu’il a été somme toute le seul candidat à ne faire aucune attaque durant la campagne. A-t-il justement été trop gentil?

Faudra voir maintenant comment Jean Lamarche pourra intégrer un conseil qui ne le désirait pas vraiment et qui l’associe (encore plus depuis hier) avec l’ancien maire et possiblement futur député fédéral de Trois-Rivières.

Jean Lamarche tentera évidemment de prétexter que l’ère Lévesque est révolue, qu’il n’est pas une copie ni à la solde de son prédécesseur et que c’est lui qui est maintenant le maire de Trois-Rivières. Parviendra-t-il à convaincre les conseillers? À voir.

Remarquez que, malgré leur déception, ceux-ci seraient mal vus d’essayer d’isoler rapidement le nouveau maire. Lamarche a été élu, et facilement à part ça. Ils n’ont pas vraiment le choix de lui donner une chance. Même si ça leur lève le cœur de voir Yves Lévesque célébrer avec lui.

De son côté, Lamarche doit avoir la victoire modeste. Doit-on rappeler que seulement un Trifluvien sur cinq a voté pour lui. On peut même se demander sérieusement si le gagnant de La Voix n’a pas reçu plus de votes que lui de la part des citoyens de Trois-Rivières. Le nouveau maire devra également bien s’entourer pour pallier un manque évident d’expérience.

Ce résultat est par ailleurs très décevant pour Jean-François Aubin qui n’aura finalement pas réussi à convaincre les Trifluviens que son expérience et sa proximité avec les conseillers pouvaient faire la différence et créer une nouvelle dynamique à l’hôtel de ville.

Petit mot en terminant sur Éric Lord qui n’a pas réussi à amasser les 15 % du scrutin nécessaires pour se faire rembourser ses dépenses électorales. Quel triste dénouement pour un homme qui avait de bonnes idées, une belle prestance et une attitude exemplaire. Contrairement aux deux autres candidats, il lui manquait la notoriété et l’équipe.